C’est un pavillon banal, niché au bout d’un lotissement d’Ychoux (Landes) où les rues portent, comme pour faire plus joli, des noms de flore (genêts, mimosas) ou de faune (écureuils, pinsons). Contre le crépi jaunissant et le grillage fatigué, les enfants ont abandonné leurs VTT. Au fond du jardin, une balançoire où on les imagine s’élever vers le ciel à grands mouvements de jambes. A moins qu’ils ne tirent dans ces ballons, laissés sur le gazon. Et puis il y a ce rosier qui fait grise mine, les fleurs ternies par le soleil. «Ce rosier de merde où mon frère est tombé», dit Jamila, la voix brisée. Le 20 mai dernier, Saïd El Barkaoui s’est écroulé, blessé par les tirs de son voisin. S’il n’est pas mort sous les balles, le père de famille de 38 ans est décédé de retour à son domicile, deux semaines plus tard – vraisemblablement d’une rupture d’anévrisme. Ironie terrible, sur le bouquet accroché au grillage en sa mémoire, personne n’a pris soin d’ôter l’étiquette du fleuriste : «C’est si simple de faire plaisir.»

«Enculé d’arabe»

C’était un dimanche, en fin de journée. Saïd, 38 ans, installe des pièges à taupes dans le jardin. Sa compagne Angelina, 30 ans, prépare le dîner dans la cuisine. Les trois garçons du couple et la petite dernière jouent à l’intérieur. «J’ai tout vu depuis la fenêtre», se souvient la mère de famille, ses yeux bordés de larmes. Elle aurait d’abord entendu le voisin garer sa voiture. «Debout les mains sur les hanches, il attendait juste que Saïd lève le regard.» Le ton monte. Elle aperçoit soudain l’homme sortir une arme de sa voiture et tirer : «Regarde ce que je suis en train de te faire, enculé d’arabe!» Cinq balles d’un «pistolet 22 long rifle», selon le procureur de la République de Mont-de-Marsan. Dans l’épaule