WSA(White States of America): White Trump annule sa visite aux Groenland

Froissé que son idée d’acheter le territoire arctique ait été jugée «absurde» par la première ministre danoise, le président américain renonce à sa venue prévue à Copenhague les 2 et 3 septembre prochains.

À New York

L’affaire avait tout d’une boutade, ou d’un caprice de garnement auquel rien ne résiste. Depuis l’aile ouest de la Maison-Blanche, Donald Trump harcelait ses collaborateurs avec une lubie d’homme d’affaires: racheter l’île du Groenland au Danemark, fidèle allié au sein de l’Otan.

Après l’inévitable buzz en ligne et les premières réactions courroucées côté danois, le magnat new-yorkais avait cru bon d’ironiser, en plantant un photomontage presque drôle sur Twitter: un gratte-ciel aux vitres mordorées avec son nom sur la façade, érigé au milieu d’un village de pêcheurs du Grand Nord et assorti de la mention «Je promets de ne pas faire ça au Groenland!».

Il ne s’était pas privé, cependant, d’évoquer une «grosse transaction immobilière», «stratégiquement intéressante». L’idée, susurrée aux Danois, eut été que les États-Unis se substituent financièrement à eux, en prenant à leur charge les 600 millions de dollars annuels de dollars attribués au Groenland, et ce «à perpétuité».

Un vilain tour

De plus en plus sérieuse, la boutade a pris un vilain tour et le garnement a fait jouer ses prérogatives régaliennes en annulant unilatéralement la visite officielle prévue à Copenhague les 2 et 3 septembre, à l’invitation de la reine Margrethe II. Le motif? Un tweet de la première ministre danoise, Mette Frederiksen, qui a refusé tout net cet embarrassant appel du pied – qu’elle a au passage qualifié d’«absurde». Donald Trump a tranché, d’un air mauvais. Après «les commentaires de Mette Frederiksen (disant) qu’elle n’avait aucun intérêt à discuter de l’achat du Groenland, a-t-il tweeté, je vais repousser notre rencontre prévue dans deux semaines à un autre moment. La première ministre a été en mesure de faire l’économie d’argent et d’efforts pour les États-Unis et le Danemark, en étant si directe. Je la remercie pour cela et ai hâte de reprogrammer à un moment dans le futur.»

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L’intérêt des États-Unis pour le Groenland n’a pourtant rien de feint. Des archives danoises déclassifiées en 1991 révèlent qu’en 1946 l’Administration Truman jugeait l’île si vitale sur l’échiquier géostratégique de la guerre froide naissante avec l’URSS qu’elle en offrit 100 millions dollars à Copenhague, en lingots d’or. Les bénéfices étaient évidents: la région arctique, à mi-chemin entre les cités américaines et soviétiques, se transformait en champ de bataille potentiel. Elle offrait de surcroît une escale précieuse pour les bombardiers chargés de porter le feu nucléaire chez l’ennemi, en cas de troisième guerre mondiale. Un mémo rédigé par le diplomate John Hickerson assénait même que le Groenland «ne présente strictement aucune valeur pour le Danemark, mais s’avère indispensable à la sécurité des États-Unis».

Le Figaro