Suprématisme Blanchiste: Des propos blanchistes toujours d’actualité.

Featured Video Play Icon

Chaque samedi avec RetroNews, le site de presse de la BNF, retour sur une histoire de sport telle que l’a racontée la presse française de l’époque. Aujourd’hui, Battling Siki, l’homme qui a battu Carpentier. Et l’a payé cher.

Autant de condescendance, de lourdeurs, de préjugés, bref de racisme en si peu de lignes, du titre à la dernière phrase de cet entrefilet… Mais nous sommes en 1920 et la Presse du 19 mars se fait l’écho de l’émergence de Battling Siki, un jeune boxeur sénégalais (donc Français, né à Saint-Louis) : «Il ne craint ni les bleus, ni… les noires, et l’avenir s’ouvre à lui sous les plus roses couleurs.»

 

L’idée d’un combat du siècle à la française, contre Georges Carpentier, la superstar des rings, titre mondial des mi-lourds en jeu, vient rapidement à l’esprit des promoteurs, qui flairent l’affaire mirifique. Dans l’Auto du 25 novembre 1921, François Descamps, manager de Carpentier, pose ses conditions : «Carpentier veut prouver qu’il est toujours “le Meilleur homme du monde à son poids” mais pour cela, nous écrit son manager François Descamps, il faut : 1° Que les organisateurs lui confirment l’offre annoncée par l’Auto [le journal écrivait la veille que des promoteurs voulaient monter le combat en accordant 36% des recettes à Carpentier, ndlr] ; 2° Que la F.F.B. [Fédération française de boxe] ait reçu le défi régulier de Battling Siki ; 3° Que la date soit choisie dans le courant de février [1922].»

 

Le combat ne se déroulera pas à la date prévue. La Presse explique pourquoi dans son édition du 14 décembre 1921 : le manager de Siki «reconnaît que son poulain noir n’est pas encore capable d’opposer la moindre résistance à notre champion».

 

Finalement, le match que tout le monde attend aura lieu le 24 septembre 1922. Le Journal de l’avant-veille prévoit qu’il se disputera «à bureaux fermés» (aujourd’hui on dirait à guichets fermés) au stade vélodrome Buffalo (à Paris) qui peut accueillir 60 000 personnes. Le Journal anticipe le moment où les deux hommes pénétreront sur le ring et imagine «cette foule multicolore, houleuse, bruyante, qui, tout à coup, se recueillera dans une immobilité et un silence extraordinaires».

 

Dans l’Excelsior du 25 septembre, on peut lire le compte rendu de la rencontre : «Les deux hommes, en tenue de combat, se serrent les mains. L’un est fin et rose avec, à la ceinture, un mince ruban tricolore. L’autre, d’un noir tirant sur le mastic ressemble avec ses poings jaunes à un élégant de la brousse qui, à défaut d’une chemise et d’une veste, aurait mis des gants pour se rendre au tam-tam. Un coup de gong. Le nègre ne danse pas, comme je m’y attendais, souple à la façon des Africains qui sont les premiers danseurs du monde. Il se baisse, il protège sa tête de ses poings, il semble craindre une redoutable avalanche de coups. Le Blanc paraît s’amuser. Il ne se presse pas, il esquisse des coups burlesques. Le public rit et murmure. Ce n’est pas sérieux, il n’en a pas pour son argent.» A match exceptionnel, scénario forcément singulier. Au sixième round, Carpentier s’effondre, étendu pour le compte. Victime d’un coup de poing ou d’un croc-en-jambe de son adversaire ? Dans un premier temps, l’arbitre disqualifie Battling Siki. Devant la bronca de la foule, les juges inversent la décision.