Rugbysme: Jean Chazal au Figaro : «Aujourd’hui, les rugbymen ont peur»(sic)

Lanceur d’alerte sur les dangers des commotions cérébrales, le neurochirurgien Jean Chazal, exclu de l’Observatoire médical du rugby, revient sur le drame de la mort du jeune Louis Fajfrowski et répète que le rugby doit absolument évoluer.

 

Que vous inspire le décès vendredi du jeune joueur d’Aurillac, Louis Fajfrowski ?
Pr Jean Chazal : C’est une terrible nouvelle mais je vais vous dire que j’avais tristement raison. Cela fait trois ans environ que j’agite le drapeau danger. Il y a eu d’autres drames, que l’on a un peu sous le tapis et dont on a moins parlé. D’autres jeunes joueurs ont été opérés d’hémorragies cérébrales… Ma femme, qui est une skieuse professionnelle, me rappelait qu’après la mort de Régine Cavagnoud, les méthodes d’entraînement ont été complètement modifiées dans le ski. On a pris des mesures drastiques, en disant que ça ne pouvait plus se reproduire. Malheureusement dans le rugby, on continue. On a eu un mort à Billom (Puy-de-Dôme), un autre à Aurillac… Tout le monde est effondré mais je ne sais pas… J’ai été lanceur d’alerte. Peut-être très sévère dans les médias. J’ai mis en cause la Ligue, la Fédération, on m’a dit : «Vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère !» Mais j’avais tristement raison.

On vous a écarté de l’Observatoire médical du rugby. Votre discours dérangeait ?
Je me souviens qu’Hubert Vidalin, ancien médecin de l’ASM, a commencé à parler des commotions cérébrales en 2005. Il y a 13 ans ! On a écrit un article en 2010 sur ce sujet, qui avait été repris par d’autres qui se sont brutalement intéressés au rugby. Ils en ont fait une activité – je ne dirais pas de commerce – mais qui leur a permis de se mettre en avant. Je suis là, sans rien revendiquer, sinon de travailler bénévolement pour le rugby. J’ai fini par dire ce que je pensais parce que j’ai opéré de nombreux rachis cervicaux, j’ai examiné énormément de commotions cérébrales, dans mon club (celui de Clermont) mais aussi d’Aurillac. J’ai envoyé une de mes équipes dans ce club l’été dernier pour faire les bilans de présaison. Quand je vois ce qu’il vient de se passer, comment voulez-vous que je réagisse ? Je ne sais plus quoi dire…

Le Figaro