Rugbysme, Apologie de la Violence: Prise de conscience de la Violence dans les tribunes

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Professeur de sociologie à l’université Paris-Est Créteil et spécialiste des questions de violence dans le sport, l’ancien joueur montois Dominique Bodin évoque les dérives en tribune.

La sociologie des supporters a-t-elle évolué ces dernières années ?

Oui. Au rugby, les spectateurs étaient souvent d’anciens pratiquants et adhérents, qui reconnaissent leur appartenance à une sorte de confrérie du rugby et partagent une passion et des valeurs propres à ce sport. Du temps du Stade Montois de la grande époque, celle des Dauga et des Boniface, je me souviens que tout le monde allait boire un coup en allant au stade et en repartant. Il y avait de la proximité entre les villes. C’était à la fois un sport et un jeu. Aujourd’hui, on est passé à un sport qui doit être rentable et des stades qu’il faut remplir, avec moins de connaisseurs. Avec le professionnalisme, il semble que l’on constate des évolutions dans les comportements qui pourraient choquer à l’avenir.

 

Les formes de violence sont-elles nouvelles ?

Non mais on en parlait peu. Selon l’expression du milieu, qui date de l’époque d’Albert Ferrasse, on lavait son linge en famille. Mais on est passé très rapidement du rugby des champs au rugby des villes. Avec, là-dessus, une professionnalisation rapide, une transformation du jeu et aussi une transformation du corps des rugbymen.

Est-il juste de dire que le rugby suit la trace du foot ?

Il en suit la logique. En même temps qu’il a fallu se professionnaliser, il a fallu rentrer de nouvelles recettes. Le seul moyen de rentabiliser, c’est de vendre le stade, d’accueillir un nouveau public… Un public plus nombreux va de pair avec le nombre de groupes de supporters et la territorialisation des tribunes. La masse d’argent derrière le rugby n’est pas celle derrière le foot. Mais il y a un même modèle de rentabilité avec moins de droits télé.

Cela signifie-t-il que les valeurs qu’est censé porter le rugby ne le mettent plus à l’abri des dérapages ?

En effet, mais cela ne date pas d’aujourd’hui. En 1995, l’arbitre de la finale Nissan-Magnoac s’est fait lyncher par les supporters. Il a eu 80 % d’incapacité permanente.

Les dirigeants ont-ils une responsabilité ?

Oui car ils n’ont pas fait évoluer les mesures éducatives et coercitives au même rythme qu’a évolué le professionnalisme.

Faut-il instaurer plus de sécurité dans les stades ?

Je crois que oui. On est dans une société en déliquescence, tendue. Il y a besoin de règles de sécurité. Le rugby n’a jamais réellement voulu mettre en place des mesures de sécurité. Il s’est longtemps cru à l’abri de ce type de dérapages, alors qu’il avait le modèle du football devant les yeux. Il ne l’est pas.

Quelles mesures préconisez-vous ?

Il ne s’agit pas de dire qu’il faut des mesures aussi importantes que dans le foot. Mais il faut mener des actions de prévention et d’éducation car ce sport reste porteur de valeurs qui n’ont pas disparu dans le cœur du noyau dur et il faut les entretenir. L’équilibre n’est pas facile à trouver. Il y a un rôle éducatif à avoir sur les valeurs et les comportements chez les jeunes.

Passer sa colère sur l’arbitre, cela reste un exutoire, une façon d’évacuer ses problèmes ou ses frustrations ?

Je le pense. L’arbitre est un bouc émissaire en cas de défaite. C’est forcément à cause de lui que le match a basculé au mauvais moment.

MidiLibre