Rugbysme, Apologie de la Violence: Maxime Machenaud titulaire face aux Etats-Unis(Rappel Maxime Machenaud«Si j’ai peur de jouer au rugby, j’arrête de suite»)

Le demi de mêlée du Racing a convaincu le staff tricolore de le titulariser face aux États-Unis, mercredi. Au prix d’une farouche détermination.

Envoyé spécial à Kumamoto,

Il l’avoue lui-même. Spontanément. «Bien sûr que je reviens de loin. Je ne vais pas le cacher. Mais avec beaucoup de travail et d’abnégation, on peut arriver à beaucoup de choses.» Comme être le titulaire au poste de demi de mêlée pour le deuxième match du XV de France à la Coupe du monde, ce mercredi (9h45 heure française, TF1) face aux États-Unis. Un pas de plus pour Maxime Machenaud. Un pari sur lequel peu de monde aurait misé il y a trois mois. Le numéro 9 du Racing sort alors d’une année sombre. Une rupture des ligaments croisés d’un genou en avril 2018 puis une blessure au dos en janvier 2019. Entre les deux, il a eu l’infinie douleur de perdre son papa.

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Un deuil qui sert de moteur. Il retrouve les terrains avec la farouche détermination d’arracher son billet pour le Mondial. Quitte à en faire trop. Et donc, parfois, à ne pas jouer juste. «Au Racing, on m’en a demandé aussi beaucoup et ça a sans doute été difficile à assumer à ce moment-là. Je suis revenu dans une équipe qui avait du mal à fonctionner. On m’a demandé d’avoir le capitanat directement. C’est une grosse responsabilité, surtout dans une équipe qui va mal. J’ai aussi un peu manqué de soutien au niveau des leaders de jeu, moins nombreux que les saisons précédentes. Je me sentais des fois un peu esseulé… Mais je me suis accroché quand même. Et je suis assez fier de la façon dont je suis revenu.»

« Je déteste ne pas commencer un match »

Maxime Machenaud

Il peut l’être. Car fin juin, lors de l’annonce du groupe des 31 pour le Japon, son nom figure dans la liste. Avec Antoine Dupont et Baptiste Serin, mais au détriment de Baptiste Couilloud (Lyon) ou encore Morgan Parra (Clermont). Pour le moins inattendu. On l’imagine aussitôt, malgré son expérience (30 ans, 37 sélections), no 3 dans la hiérarchie du poste. D’autant plus que, handicapé par une douleur à la cuisse, le Racingman ne dispute pas la moindre minute des trois matchs de préparation.

Un statut de doublure de la doublure qui ne l’a jamais effleuré. « Je ne me dis pas que je suis no 3. Je donne tout à l’entraînement, et après…» Après, il est parvenu à convaincre le staff de l’asseoir sur le banc, au détriment de Serin, lors du match d’ouverture contre l’Argentine. Puis de le titulariser contre les États-Unis à Fukuoka. De pas invité à premier choix, certes ponctuel, le tonique Antoine Dupont semblant être le titulaire désigné.Cette nouvelle promotion réjouit en tout cas Maxime Machenaud au plus haut point. «Je suis très heureux, car j’ai fait tous ces efforts, lors de mes convalescences puis aux entraînements, dans le but de postuler à une place de titulaire. » Une ambition un peu folle. « Peut-être. Mais j’ai toujours cru en moi, fait tous les efforts nécessaires pour en arriver là. Ce sont des objectifs que je m’étais fixés et que j’ai réussi à atteindre.»

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Mission accomplie, donc ? Pas tout à fait. «Je suis parvenu à convaincre le staff de me sélectionner, de me mettre titulaire, mais c’est loin d’être fini. Mon objectif, c’est d’être très performant pour l’équipe et qu’on aille le plus loin possible…» Avec lui en numéro 9 ? « Être titulaire ou pas en quarts de finale sera la conséquence de ce que je vais faire sur le terrain. Pas plus, pas moins. À moi de remplir mon rôle.» Avec l’envie chevillée au cœur de semer toujours plus le doute dans l’esprit du staff. «Je suis un compétiteur. Je déteste ne pas commencer un match», lâche Maxime Machenaud. Bien décidé à continuer à surprendre.

 

Le Figaro.fr

 

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Rappel: 30/05/2019

Maxime Machenaud «Si j’ai peur de jouer au rugby, j’arrête de suite»

Le demi de mêlée international du Racing s’est confié avant le barrage contre La Rochelle. Sur son retour au meilleur niveau, sa fin de saison et la Coupe du monde au Japon qui arrive.

L’odeur des phases finales pointe le bout de son nez en Top 14. L’occasion de faire le point avec le vice-capitaine du Racing qui retrouve Colombes face à La Rochelle ce vendredi. A 30 ans, Maxime Machenaud est de retour aux affaires après une période délicate marquée par plusieurs longues blessures et le décès de son papa le jour de ses trente ans en fin d’année. Entretien avec un homme lucide et ambitieux.

Comment vous sentez-vous après une longue période délicate ?
Maxime Machenaud : Je suis enfin en pleine possession de mes moyens. Ce fut un passage douloureux sur et en dehors du terrain. Au niveau familial, ça a été très compliqué. Je me suis appuyé sur ma famille et mes proches pour surmonter cette épreuve. Quand ça tangue, tu te recentres sur ce que tu as de plus cher. Ma femme et mes enfants m’ont permis de penser à autre chose. Mes deux petits mecs m’ont fait voir, malgré tout ce que j’ai traversé, qu’il n’y a rien de plus beau que la vie et tout ce qu’elle peut nous offrir. Des fois, on a un peu tendance à l’oublier.

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En quoi l’épreuve fut dure à surmonter côté terrain ?
On parle beaucoup de la violence du rugby au niveau physique, mais l’aspect mental est tout aussi important selon moi. Il faut être costaud dans ta tête, sinon tu n’existes pas. Se sentir à l’écart du groupe, presque inutile, il faut savoir le surmonter psychologiquement. On a l’impression d’être en marge, seul. C’est là ou l’appui et le soutien de tes proches te fait un bien fou.

Relativisez-vous plus désormais ?
Oui forcément, ça ne reste que du sport. Mais j’ai encore beaucoup de mal à supporter la défaite. Vous pouvez demander à ma femme (Sourire). C’est là où les enfants te ramènent à une certaine réalité avec leur fraîcheur et insouciance. Eux, ils me voient à la télévision, mais c’est comme si je jouais dans la cour d’école. Ça te permet de relativiser aussi sur un match perdu, un geste raté ou mal senti. Après, les blessures font partie de notre quotidien de sportif de haut niveau, pas un joueur ne passe pas par-là dans sa carrière. Notre corps nous envoie des alertes et il faut l’écouter.

Le Figaro