Rugbysme, Apologie de la Violence: Fabien Galthié “le Mathématicien” de l’équipe de France.

Les amoureux du rugby tricolore rêvent depuis dix ans d’utiliser leur deuxième main pour compter les essais marqués par leur équipe pendant un match. Pour le moment ils s’exercent en référençant tous les nouveaux entraîneurs qui ont garni le staff, avant ce premier tournoi des Six Nations de l’ère Galthié. Plus que jamais, nous pouvons écrire et marteler ce terme de « nouvelle ère », car l’ancien capitaine des Bleus a tout changé, tout professionnalisé, tout multiplié. Barré par Philippe Saint-André en 2011, puis Guy Novès en 2015, Galthié a appris son métier en dirigeant trois grands clubs du Top 14 : le Stade français (champion de France en 2007), Montpellier (finaliste en 2011) et Toulon, où son aventure n’a duré qu’une saison en raison de résultats décevants et de relations compliquées avec son président Mourad Boudjellal.

Après quelques mois d’observations aux côtés de Jacques Brunel – notamment pendant la Coupe du monde au Japon –, Galthié a réclamé et obtenu des moyens inédits pour relever le niveau de l’équipe de France, dont le dernier grand chelem date de 2010. Le nouveau sélectionneur a fait ajouter quelques lignes à la convention Ligue-Fédération qui obligeait les clubs à libérer un total de 31 joueurs internationaux par rassemblement. Désormais, ce chiffre est porté à 42, car Fabien Galthié souhaitait disposer de deux équipes complètes à l’entraînement (30 joueurs), ce qui était rarissime en raison des fréquentes blessures ou pépins physiques.

Par ailleurs, l’ancien demi de mêlée s’est constitué une armée de spécialistes pour l’épauler : plus de vingt personnes composent son staff ! On retrouve ainsi des entraîneurs spécifiques pour la mêlée, la touche, l’attaque, la défense (un Anglais !), le physique, l’analyse vidéo, la nutrition… Cette nouvelle n’a surpris personne à l’étranger : les grandes nations du rugby – à commencer par l’Angleterre d’Eddie Jones – fonctionnent ainsi depuis au moins une demi-douzaine d’années. Premiers concernés, les joueurs semblent ravis : « En fonction du thème de la séance, nous avons un interlocuteur dédié, précise le talonneur Camille Chat dans L’Équipe. Tout est précis, ça tourne bien. »

Entraîneur de robots
Directeur de la performance, l’ancien préparateur physique de Toulon Thibault Giroud occupe un rôle essentiel. Cette addition de compétences n’a pas étonné non plus Mourad Boudjellal, qui avait dévoilé dans Le Point en septembre la passion de Fabien Galthié pour la tactique et les données statistiques : « Il y a le rugby d’hier et celui d’aujourd’hui. Galthié et Giroud sont, eux, déjà dans le rugby de demain. Ils sont très attachés aux résultats des GPS, c’est leur façon de bosser. En équipe de France, c’est l’ordinateur qui décide. Fabien Galthié va énormément apporter à l’équipe de France sur le plan technique et tactique, c’est indéniable. Il est curieux de tout. Dès qu’il peut découvrir de nouveaux aspects de son sport, c’est une éponge. C’est un grand technicien. Il n’y a pas débat. Si vous dînez avec lui, il va passer la soirée à créer des systèmes de jeu avec la salière et la poivrière. » L’expérimenté président du RCT avait toutefois relevé le principal défaut de son ancien employé : « Il manque à Fabien Galthié une dimension humaine. Il est plus sensible aux salières et aux poivrières qu’aux hommes. Si on lui mettait des robots à la place des joueurs, ça ne le dérangerait pas. Mais sur ce point, il pourra se faire aider. »

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Effectivement, comme Galthié prévoit tout, il a aussi créé le poste de « manageur » occupé par son ancien coéquipier Raphaël Ibañez, chargé notamment de la communication et des relations avec les clubs. De plus, un préparateur mental – Mickaël Campo – est aussi intégré au staff. « Fabien Galthié est peut-être la personne qui connaît le mieux le rugby sur l’aspect technique et tactique, mais ça, tout le monde le sait », tranche Gaël Fickou (51 sélections) dans L’Équipe.

Objectif 2023
Si l’on ne sait pas encore ce que cette nouvelle organisation va rapporter en termes de résultats sportifs, on ne sait pas non plus combien elle coûtera à la fédération, qui n’a pas communiqué à ce sujet. En rapport à son exigence, des comptes seront sans doute demandés au sélectionneur si le XV de France ne progresse pas. Même si l’objectif avoué est à long terme : la Coupe du monde 2023 en France. Dans sa liste de 42 joueurs, Galthié a ainsi choisi un seul et unique trentenaire (Bernard Le Roux) ! Exit les Yoann Huget, Morgan Parra, Maxime Médard… Plus de la moitié des joueurs, issus de la génération des champions du monde de moins de 20 ans, ne comptabilisent pas la moindre sélection. Une donnée repérée par Eddie Jones, le sélectionneur de l’Angleterre, finaliste de la Coupe du monde : « Jouer à ce niveau demande de l’expérience et la France a décidé de s’en passer et de faire confiance à sa jeunesse, explique le méthodique technicien dans The Telegraph. Cela pourrait être une erreur ou bien un choix payant. Ils vont être mis à rude épreuve, car ils n’ont jamais expérimenté l’intensité qu’on va leur proposer dimanche. Le jeu consiste à trouver le maillon faible dans leur équipe et à en tirer avantage et à faire de leur vie un calvaire. » Face à l’excès de confiance anglais, le calculateur Fabien Galthié et son armée ont sans doute déjà trouvé plusieurs parades.

Le Point