Radicalisation Tatouage: Procès de Samuel Dufour

Samuel Dufour n’est pas un accusé facile. Il n’a pas la faconde et l’air repenti d’un Esteban Morillo. Il n’a pas non plus l’enfance difficile d’un Alexandre Eyraud, les deux autres personnes jugés pour la mort de Clément Meric en juin 2013 au cours d’une bagarre entre skinheads et antifas.
Dufour n’a pas été violé à dix ans par son professeur de judo comme le premier, il n’a pas été victime d’aliénation parentale comme le second. Il n’a pas recouvert ses tatouages de skinhead, il “n’en a pas les moyens”, et de toute façons, il n’a pas l’air de faire amende honorable quant à ses opinions “de droite”.

Il ne se rend pas très sympathique : il arrive en retard à l’audience, ne se présente pas toujours à ses convocations judiciaires. Il est gauche, maladroit dans ses déclarations, malhabile dans sa défense. Violent, sans doute : c’est lui qui a crié : “one shot !” lorsque Clément Méric est tombé au sol, victorieux. C’est lui qui, selon certains témoignages contradictoires, aurait aussi asséné un troisième coup de poing au jeune étudiant de Sciences-Po. Portait-il une arme ? Un “poing américain” comme le suggère ses SMS retrouvés par la suite ? Il se promenait souvent avec un opinel, “pour [se] défendre, au cas où”, portait deux grosses bagues “décoratives” à la phalange droite, l’une à tête de mort, l’autre à tête de cochon. De cochon ? “Oui, j’aime beaucoup les cochons”, répond-il en pouffant à moitié. 

Fasciné par le troisième Reich

Samuel Dufour, au moment des faits, incarne le parfait portrait-robot du skinhead : crâne rasé, bombers, rangers, corps noueux fabriqué par des séances de muscu intensives (pour rejoindre les JNR, le “Graal” pour les apprentis fachos et le bras armé de Troisième Voie). Il porte également des tatouages, dont le fameux “sang et honneur” – slogan repris par un groupe nazi – croix celtique, crabe orné du sigle 69, toile d’araignée et cochons ailés (il aime vraiment les cochons). Il en a aussi les idées. Il est fasciné par le “troisième Reich” et le “White Power”, comme en attestent les dizaines de photos de croix gammées et autres symboles nazis qui truffaient sa clé USB analysée par les enquêteurs.

Chez Dufour, l’extrême droite n’est pas une posture comme chez Morillo. Ni une façon de s’affirmer comme chez Eyraud. C’est une culture. Une enfance. Un père surtout, qui ricane devant la cour, bravache et détaché à la fois. Un père “qui ne fait pas dans les sentiments”, admet son avocat Antoine Vey et qui déclame son identité d’une voix forte : “Jean-Michel, ancien agent d’entretien”.

 

Le Nouvelobs