Racisme anti-blanc: Mort de Joël Robuchon, “le Stendhal des fourneaux” (sic)

Le chef français s’est éteint, à l’âge de 73 ans. Il y a quinze ans, François Cérésa le racontait, à l’occasion de son grand retour avec son Atelier.

 
 

Dans son décor rouge et noir, il ressemble à un héros de l’énergie. Il est pondéré, patient, ingénieux. Cet Ulysse du produit connaît l’abrégé des sauces et l’à-point des cuissons. Son style est cursif. Il est capable de goûter les passions vives qui créent des intérêts nouveaux et singuliers. Joël Robuchon est un stendhalien des fourneaux.

Meilleur cuisinier du monde

Né en 1945 dans le Poitou, d’origine modeste comme Sorel (un père maçon), il s’est révolté lui aussi contre la bassesse de sa fortune. La révélation lui est venue à 15 ans, alors que, pensionnaire dans un petit séminaire des Deux-Sèvres, il aidait les sœurs à faire la tambouille. On le met aussitôt en apprentissage au Relais de Poitiers.

Le jeune Joël observe et apprend. De 1960 à 1973, il gravit les échelons des brigades dans une dizaine d’établissements, dont le Berkeley, célèbre pour sa rigueur. Entre une poêlée de rognons et un merlan frit Colbert, il croise Faugeron et Senderens, futurs toqués eux aussi.

De 1974 à 1978, il est chef au Concorde-Lafayette. Entre-temps, en 1976, “Poitevin la fidélité” (son nom dans le compagnonnage) est sacré Meilleur Ouvrier de France. Un chef-d’œuvre.

Le fils de maçon est devenu bâtisseur. De 1978 à 1981, il dirige les cuisines de l’emblématique hôtel Nikko de Paris, avant de s’installer chez Jamin, futur temple de ses magnifiques turpitudes. Toutes les récompenses arrivent. Il sera même sacré meilleur cuisinier du monde.

Enfin, il s’installe avenue Raymond-Poincaré, dans un décor Restauration, avec une cuisine au cordeau, héritée de Delaveyne, le magicien de Bougival, et des grandes tables du Palais-Royal, telles Véry et les Trois-Provencaux. Puis, à 50 ans, il prend sa retraite.

Huit ans de traversée du dessert : des livres, des télés, des restaurants qu’il supervise. Pourtant un gros manque. Celui du coup de feu. La symphonie était achevée. Mais le chef, sans l’avouer, avait besoin d’un orchestre.

En 2003, c’est donc le retour. Tel un météore, Joël Robuchon reprend du service. Le voilà à l’ombre de Gallimard, dans des effluves de Joyce et de Modiano, sous la coupole du Pont-Royal, antique bar où Hemingway chassait le gin tonic et Françoise Verny le pur malt.

Nouvelobs