Racisme anti-blanc.he: Jesper Brodin et Ikea condamnés pour esclavage sexuel

« Je vais te casser le c** », « je mettrai bien ma grosse queue entre ses gros nibars », « c’est trop une tapette lui », « un gros PD », etc. Comment Ikea Grenoble a-t-il pu laisser un manager tenir de tels propos ?
Selon nos informations, le comportement de ce chef d’équipe en poste au Ikea de Saint-Martin-d’Hères a créé une vague de malaise entre 2010 et 2012, qui a débouché sur le départ de plusieurs salariées. Et plusieurs condamnations du géant de l’ameublement…

En 2011, Nour*, employée logistique depuis plusieurs années, se retrouve ainsi sous la responsabilité de Fabien*, un manager au comportement très décrié par ses collègues. Un jour de septembre, alors que Nour est occupée à broyer des cartons, son chef lui demande de venir finir le travail d’un collègue, qui consiste à porter des palettes lourdes, une tâche d’ordinaire dévolue aux hommes.

De nombreux témoignages

La jeune femme travaille depuis 5 heures du matin, est en pleine période de ramadan, n’a pas encore fait de pause, et refuse. D’autant plus que c’est très souvent elle que Fabien désigne pour les tâches ingrates, comme le nettoyage des quais de chargement. Pour se justifier, Fabien aurait d’ailleurs confié à un collègue, selon le témoignage de ce dernier : « C’est elle qui [sait] le mieux utiliser le balai. »

À la suite de cette altercation, Fabien saisit les Ressources humaines. Nour est convoquée à un entretien, en présence d’une déléguée du personnel, lors duquel elle a l’occasion de s’expliquer. Les choses en restent là, mais quelques semaines plus tard, l’employée est licenciée. La procédure intentée à son égard va alors déclencher de nombreuses contestations en interne, sur les méthodes managériales du géant de l’ameublement.

La direction alertée à plusieurs reprises

Dans une lettre à sa hiérarchie, Nour raconte avoir sans cesse eu affaire, ces derniers mois, aux remarques et comportements déplacés de son supérieur : « Un jour début avril, à la cafétéria du personnel, je débarrassais mon plateau quand Fabien est venu me dire, je cite en ces termes : Je vais te casser le cul. Je lui ai dit que jamais il n’aurait l’occasion de toucher mon cul. Depuis je rencontre des problèmes quotidiens avec mon manager. »

Plusieurs collègues confirment les propos de la jeune femme. « Nour subissait une forte pression de la part de Fabien. Il était souvent derrière elle et l’espionnait même quand elle allait aux toilettes », assure l’un d’entre eux. Natacha, une autre salariée, de surcroît déléguée du personnel, abonde : « J’ai moi-même déjà entendu Monsieur tenir des propos à caractère sexuel à mon égard ou auprès d’autres salariés […] Moi-même et d’autres délégués du personnel avons alerté à plusieurs reprises la direction sur son comportement. »

Malgré de nombreux signalements, Ikea ne réagit pas

En septembre 2011, la CFDT s’alarme et demande à la direction d’intervenir : « Plusieurs collaboratrices et collaborateurs se plaignent du comportement d’un manager de la logistique qui aurait souvent des propos déplacés, voire vulgaires. » Ainsi en est-il de Sandrine qui, à bout, finira par quitter l’entreprise : « Pratiquement tous les matins, Nour et moi subissions des réflexions sur notre poitrine. Il fantasmait dessus et nous décrivait ce qu’il voulait en faire. Qu’il aimerait bien faire des branlettes espagnoles, qu’il aurait aussi bien aimé les attraper et les mordre. »

Après avoir repoussé ses avances, Sandrine se dit harcelée : « Il a eu un comportement agressif avec moi […]. Il me suivait jusqu’aux toilettes et me demandait pourquoi j’étais rentrée si longtemps. » Malgré de nombreux signalements, la direction d’Ikea ne réagit pas. « Ce Monsieur parlait aux femmes dans ces termes : tu as un cul je le casserais bien ; t’as vu tes nibards ; je te prends comme tu veux, quand tu veux… etc. », s’inquiète un salarié, dans une attestation versée en justice.

Une simple mise à pied disciplinaire de cinq jours

Début 2013, Adèle, en arrêt maladie depuis plusieurs semaines, porte plainte à son tour, décrit le même climat détestable au sein de l’entreprise et produit de nouvelles attestations, dont celle de Linda*. Cette dernière raconte ainsi que, courant 2012, Fabien s’était permis de mimer une cravache avec une baguette, comme s’il allait la fouetter, et lui avait mis une main aux fesses. Devant toutes ces dénonciations, la direction réagit a minima : une simple mise à pied disciplinaire de cinq jours.

En février 2019, après une longue bataille procédurale contre Ikea, Nour et Adèle ont chacune obtenu plusieurs milliers d’euros de dommages et intérêts pour harcèlement moral et sexuel. Nour a même demandé à être réintégrée. « Sa perte d’emploi a été comme un arrêt dans sa vie, explique son avocate, Me Germain-Phion. Elle entend montrer que l’on peut se battre et veut reprendre sa vie professionnelle d’avant. »

« Cela a été une procédure éprouvante pour ma cliente, ajoute l’avocate. Il a été difficile de l’accompagner dans ce combat car elle a trouvé la procédure lente. Les moyens de défense proférés à son encontre ont été dégradants. Elle a été accusée de provoquer ce Monsieur. Ce que les victimes ne mesurent pas, c’est que, très souvent, elles ont à prouver leur vertu. Et c’est quelque chose qui ne devrait plus avoir lieu. »

Une ligne téléphonique pour signaler des comportements inappropriés

Le manager en question travaillerait toujours pour Ikea, mais plus dans celui de Grenoble. Contacté, le groupe d’ameublement précise : « Ikea a bien pris connaissances des arrêts rendus par la cour d’appel de Grenoble, pour des faits commis entre 2010 et 2012. Nous prenons au sérieux ces sujets et avons mis en place des outils pour le bien-être de nos collaborateurs. » Un code de conduite aurait ainsi été mis en place en 2012, et une ligne téléphonique dédiée pour signaler des comportements inappropriés.

Mais les affaires judiciaires se sont accumulées. En juin 2013, une salariée de Grenoble a porté plainte contre Ikea pour harcèlement moral. En cause, notamment : un directeur des ressources humaines qui, lors de formations en interne sur le thème « piloter ses émotions », aurait pris l’habitude de pratiquer l’hypnose sur ses employés. Des propos confirmés par les délégués syndicaux.

En février 2017, autre affaire : alors que le CHSCT d’Ikea Grenoble souhaitait nommer un cabinet extérieur pour procéder à l’expertise du département Ikea Food, la direction s’y est opposée et a saisi la justice. Les syndicats ont expliqué devant les tribunaux que le moral des équipes était « ruiné », et que la situation continuait « d’empirer jour après jour ». La mission d’expertise, visant à « analyser les conditions de travail du service Food, et fournir des propositions de préservation de la sécurité et de la santé du personnel », est donc justifiée, a conclu le tribunal.

Le Point