Racaille Bretonne: Des Voyous Bretons prennent en Otage les Raffineries de la Région

La grue soulève délicatement la cabane de chantier trônant sur le plateau du semi-remorque et la dépose sur le bord de cette route qui serpente à travers le port de commerce de Brest (Finistère). L’engin décharge ensuite un bungalow puis des toilettes à quelques mètres de l’entrée du dépôt pétrolier. Ce vendredi 29 novembre, une cinquantaine de chefs d’entreprises du bâtiment et travaux publics guident l’installation de leur campement. Arrivés avec leurs camions, pelleteuses et tracteurs la nuit précédente, ces professionnels filtrent les entrées et les sorties du site de stockage d’hydrocarbures comme à Lorient (Morbihan), Vern-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine), La Rochelle ou Le Mans, faisant craindre une pénurie d’essence dans les stations-service de Bretagne.

L’annonce du blocage du site pétrolier brestois a dopé la demande dans les stations-service du département. A la station Total dominant l’entrée du dépôt, une file de voitures s’étire sur la bande d’arrêt d’urgence de la quatre-voies depuis le début de la matinée. Au Leclerc de Relecq-Kerhuon, à quelques encablures de Brest, le personnel s’active pour faire la circulation sur le parking. Vendredi en début d’après-midi, les pompes de gazole ont été fermées. Celles contenant de l’essence sont en sursis. « Dès que j’ai appris le blocage, je suis venue remplir mon réservoir. Je n’avais plus qu’un quart de plein. Ici, à Brest, nous vivons au bout de la péninsule. Quelques jours de blocage du dépôt suffisent à générer la pénurie de carburant », s’alarme Jeannine, retraitée.

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« L’année passée, nous avions bloqué le dépôt plusieurs jours. Cette fois, nous ne lâcherons pas avant d’obtenir des réponses. Notre action est pensée pour durer », prévient François Calvez, patron d’une PME de terrassement et représentant finistérien de la Chambre nationale de l’artisanat des travaux publics et des paysagistes qui coordonne les manifestations. Ces professionnels protestent contre la suppression, prévue dans le projet de loi de finances 2020, de l’avantage fiscal du gazole non routier. Le prix du litre de ce carburant alimentant les engins de chantier passerait de 80 centimes à 1,40 euro.

Effet domino

Sur le macadam, on partage ses inquiétudes. Dominique Le Goff, qui œuvre seul dans son entreprise, estime la perte annuelle à 10 000 euros. Son voisin, Jean-Yves Petton, un sexagénaire qui a transmis sa société de cinq salariés à son fils, table sur un coût de 40 000 à 60 000 euros. Il s’agace : « On nous demande un effort au nom de l’écologie… Pourquoi pas. Cependant, tout le monde doit être mis à contribution ! » Les dirigeants dénoncent le maintien de l’avantage fiscal pour les concurrentes entreprises agricoles notamment. L’autre grief des bloqueurs ? Le changement de couleur du carburant. Actuellement rouge, il deviendrait translucide. « Quotidiennement, des voleurs siphonnent les réservoirs de nos engins. La teinte rouge était jusqu’à présent le seul argument dissuasif », s’agace Frédéric Le Naour, gilet orange sur le dos comme tous ses collègues.

Le Monde