Quatzenheim(68), Gangstaro-Blanchisme: les voyoux blanchistes membres du groupe”Elsassisches Schwarzen Wolfe”(Groupe Ultra-Radical Blanchiste) saccage un cimetière israelite

«Elsassisches Schwarzen Wolfe», soit, en français, «les Loups noirs alsaciens». Cette inscription a été découverte, mardi, tracée en lettres capitales bleues sur une sépulture du cimetière juif profané de Quatzenhzeim (Bas-Rhin), dénotant au milieu des autres profanations, pour la plupart des croix gammées.
Les Loups noirs, un nom qui n’avait pas été entendu depuis longtemps. Il désigne un groupe d’autonomistes radicaux alsaciens, comptant au maximum une dizaine de membres, qui furent actifs de 1976 à 1981.

La présence de cette inscription a de quoi poser quelques questions sur un groupe inactif depuis 40 ans. S’il est peu probable qu’il ait été réactivé, ses activités ont cependant fortement marqué la région. Elles furent spectaculaires. Le premier fait d’armes des Loups remonte à 1976. Il vise le musée de l’ancien camp nazi du Struthof. Au mois de mai, un incendie ravage le lieu, emportant, outre le bâtiment, les reliques des déportés. On retrouve non loin de là une croix de Lorraine accompagnée d’une date: 27 janvier 1945. C’est ce jour précis que 1100 personnes, soupçonnées de collaboration et d’appartenance à des partis collaborationnistes pendant la Seconde Guerre mondiale, furent enfermées dans l’ancien camp.

Parmi les prisonniers, le père de Pierre Rieffel, condamné à 7 ans de prison à la Libération. Le voir derrière les barbelés provoque chez le jeune homme, futur membre fondateur des Loups noirs, une forte rancœur contre ce lieu, que rapporte L’historien Bernard Fischbach, coauteur de l’ouvrage Les Loups noirs: autonomisme et terrorisme en Alsace. S’en prendre au camp était un acte logique. Mais au-delà de ce symbole, c’est à la France qu’en veut Pierre Rieffel, comme Bernard Fischbach l’expliquera à Rue89, le décrivant comme quelqu’un qui «déteste la France, et disait qu’il fallait se battre contre la France pour l’autonomie de l’Alsace».

Outre le camp, leurs cibles se rapportent à la présence française en Alsace. Ils s’en prennent ainsi à un monument dédié à Turenne, dans la ville de Turckheim. Ils reprochent au maréchal de France, qui a mené campagne pour le compte de Louis XIV, d’être un criminel de guerre. Suit un double attentat sur une croix de Lorraine dressée sur une colline, dans la commune de Thann. Détruit une première fois, le monument de plus de 10 mètres de haut est reconstruit, avant d’être à nouveau mis à terre.

«Ils ont réussi à se maintenir pendant plusieurs années sans se faire prendre car ils étaient parfaitement intégrés à la vie locale», se souvient un observateur attentif de l’extrême droite alsacienne, qui a pu rencontrer des membres des Loups noirs. La double destruction de la croix sera cependant leur dernier coup d’éclat puisque la bande est arrêtée et jugée dans la foulée.

Un groupe radical

Aujourd’hui, plusieurs membres sont morts et Pierre Rieffel est âgé de 90 ans. Une participation d’ancien Loups noirs à la dégradation du cimetière de Quatzenhzeim semble improbable aux yeux de tous les observateurs. «On n’a rien à voir avec cela, on n’a jamais attaqué les juifs», se défend aujourd’hui Pierre Rieffel, au micro d’Europe 1. La jeune génération d’extrême droite semble cependant apprécier l’homme, puisque le Bastion social de Strasbourg, d’obédience nationaliste révolutionnaire, avait invité Pierre Rieffel, l’été dernier. Invitation déclinée par le militant autonomiste.

L’historien Nicolas Lebourg* rappelle que la vision des autonomistes alsaciens, «l’Europe des régions», est héritée de fervents partisans de l’Europe nazie pendant les années 1940. Ceux qui y font référence aujourd’hui l’ont bien intégré. «Dans les profanations de cimetières en Alsace, on retrouve systématiquement des références à la Seconde Guerre mondiale, d’où les croix gammées, explique l’universitaire. La référence au Loups noirs n’est pas non plus une surprise, car ce groupe fait partie de l’univers culturel de radicaux locaux.»

*Nicolas Lebourg doit publier au mois de mai l’ouvrage Les Nazis ont-ils survécu? Enquête sur les internationales fascistes et les croisés de la race blanche, aux éditions du Seuil. 

Le Monde