Propagande blanchiste: Laurent Wauquiez, les années Normales Sup…

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De 1994 à 1998, l’actuel chef de LR est élève à la prestigieuse école de la rue d’Ulm. Années de formation et… d’ambition.

CHAPITRE 1. Comment, étudiant à la tête aussi froide que bien faite, Laurent Wauquiez a décroché son admission à l’Ecole Normale Supérieure

Bouche ouverte et ventre blanc tourné vers le ciel, les Ernest cherchent l’air ce mercredi 13 juillet 1994. Les Ernest, poissons rouges placides, tiennent leur surnom d’Ernest Bersot, directeur de l’Ecole normale supérieure en poste au début de la IIIe République, philosophe et bâtisseurdu bassin circulaire à la glouglouteuse fontaine, au centre du jardin de l’institution. Si ces barbeaux antédiluviens nagent ainsi sur le dos, ce n’est pas seulement pour soulager leurs branchies dans la lourdeur de l’été, c’est aussi pour manifester leur indifférence au drame qui se joue sur la terre ferme.  

Pour les forts en thème qui patientent sous les frondaisons, dans les couloirs aux allures d’abbaye ou dans “l’aquarium” – le vestibule -, ce jour-là, le destin se joue à pile ou face. On punaise la liste des admis, dans une vitrine aux allures d’hygiaphone. Et soudain la vie, elle aussi, se met à nager sur le dos; ou bien joue soudain au poisson volant comme dans la cour du 45 de la rue d’Ulm, où à la lecture des résultats, un bébé requin se sent pousser des ailes. Laurent Wauquiez est reçu. 

 
 

Avec lui, ils sont une centaine à peine, pour deux concours, le classique A/L (74 places) et le moderne B/L (21 places), plus quelques admis “hors cadre”. Escouade de QI, c’est la crème de la crème, qui se fait mousser dans le saint des saints.  

Cerveaux à tous les vents

Arrêt sur hommage. Patrick Bruel surgit et leur donne rendez-vous dans vingt-cinq ans, en 2019, un peu plus haut dans la rue, quand elle débouche sur la place du Panthéon. Nous les imaginons donc, l’an prochain, sur la place des grands hommes, avec en cicatrices la bigarrure des destins. Normale Sup sème les cerveaux à tous les vents, même les mauvais. Il y a en 1994, chez les A/L, un duo de tête, les ex aequo Arnaud Suspène et Théodora Oikonomides. Le premier de ces deux caciques est désormais un spécialiste de l’impériologie romaine, mais a aussi réalisé pour une revue un long entretien avec l’ancien ministre de droite Hervé Gaymard – Amitié et politique… La seconde, reçue au titre des étudiants étrangers, s’engage auprès des Palestiniens, au sein d’une ONG britannique, avant de retourner dans sa Grèce natale, en pleine crise, pour chercher vainement du travail et lutter contre un fascisme qui semble l’obséder.  

Derrière eux, la colonne numérotée des reçus est passée en ordre dispersé. Dorian Astor, contre-ténor reconnu, plaque le chant en 2005 pour s’accomplir en philosophe, spécialiste de Nietzsche. Vincent Stanek vit avec Schopenhauer. Ivan Jablonka, romancier primé, remplace l’imagination par les faits divers. Axel Rabourdin milite de longue date au Parti socialiste – mauvaise pioche… Dimitri Kasprzyk, spécialiste de Dion de Pruse, rhéteur grec du Ier siècle, a écrit Penser la prose dans le monde gréco-romain, tandis que Jean-Louis Jeannelle se passionne pour André Malraux. Paul Egré est épistémologue. Liza Méry connaît à fond le Satyricon de Pétrone et François Bocholier sait tout des élites transylvaniennes en 1918. Stéphane Poliakov est un expert ès metteurs en scène russes, Benedikte Andersson adore Ronsard, Coralie Vauchelles traduit des poètes kazakhs. Sarah Hirschmuller compose, cherche sa voix et surtout sa voie – comment faire publier L’Adoration, premier roman ? 

De la promotion 1994, un seul, aux dernières nouvelles, prétend devenir président de la République française. 

Des études en forme de conquête

Retour en juillet 1994. Laurent Wauquiez entre dans l’Ecole de Georges Pompidou, Alain Juppé et Laurent Fabius, n’est “que” quatorzième, mais il a réussi en “carré”, c’est-à-dire à sa première tentative – il n’a pas vingt ans. Son éventail d’options, ambitieuses, lui a permis de briller : le candidat matricule 2661974 a choisi, en plus du tronc commun, la version grecque, l’allemand, la composition de géographie et, à l’oral, une épreuve d’histoire ancienne, médiévale ou moderne. Laurent Wauquiez entre donc rue d’Ulm la tête bien pleine, et haute. 

Et froide, car c’est là le résultat d’une imparable tactique d’excellence menée avec trois alliés : Victor, Louis et Henri. Ni des camarades ni des profs mais des bahuts. De premier choix. Du genre chêne massif, avec portes sculptées. Victor, c’est Duruy, ministre de l’Instruction publique de Napoléon III, devenu solide lycée du VIIe arrondissement de Paris. Quand Laurent Wauquiez y entre, Jean-François Copé en est sorti depuis peu… Louis, dit Le-Grand, n’est pas plus grand que Le Robert est petit, mais c’est ainsi que le Roi Soleil aimait être calculé. Habile, Wauquiez entreprend d’y passer un baccalauréat qui aura, ici, plus de lustre et de ressort que chez Victor.

 

Nouvel Obs