Militaro-Blanchisme(Rappel), Permis de Meurtre: Le braconnage a fait plus 400 Morts en 2018(Les 1ères Victimes du Terrorisme Blanchiste sont des Blancs)

Le visuel comparatif polémique partagé par le Planning familial de Paris. — capture d’écran

  • Le 20 octobre, le Planning familial de Paris publie un visuel comparant le nombre de victimes du terrorisme, de la chasse et des violences conjugales depuis 2000 en France.
  • L’image met en avant des chiffres non sourcés.
  • 20 Minutes fait le point sur ces statistiques (globalement fiables) et sur l’origine de ce comparatif qui suscite la polémique. 

EDIT du 24 octobre 2018 : ajout de la réaction du dessinateur de presse Bauer, qui dénonce le détournement d’un de ses travaux dans ce comparatif.

A qui revient le triste record du plus grand nombre de morts et de blessés en France depuis 2000 entre le terrorisme, les accidents de chasse et les violences conjugales ?

Ce comparatif pour le moins surprenant entre trois causes de mortalité bien distinctes suscite de vives réactions depuis qu’il a été publié sur la page Facebook du Planning familial de Paris, le 20 octobre. Le post, partagé plus de 33.000 fois depuis, est accompagné d’une légende laconique : « [VIOLENCES ET PATRIARCAT] Tout lien avec la domination masculine serait bien sûr fortuit »

Le visuel comparatif polémique partagé par le Planning familial de Paris.
Le visuel comparatif polémique partagé par le Planning familial de Paris. – capture d’écran

Le visuel utilisé avance des chiffres non sourcés : chiffres selon lesquels en 18 ans, dans tout l’Hexagone, le terrorisme aurait donc fait 280 morts et 1.075 blessés, soit moins que les 3.050 blessés et 403 morts liés à la chasse… et loin derrière les 107.500 blessées et « plus de 1.800 mortes » victimes de violences conjugales.

Ces statistiques, globalement proches de la réalité, ne sont toutefois pas toutes totalement exactes… et émanent à l’origine d’un groupe de militants antispécistesayant exprimé sa colère après la mort d’un vététiste en Haute-Savoie, tué accidentellement par un chasseur le 13 octobre dernier.  

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, le Planning familial de Paris indique « ne pas connaître la source du visuel » réutilisé sur sa page et précise : « Les chiffres nous ont semblé plausibles, donc on les a repris, mais la viralité du post nous dépasse complètement. »

Le dessinateur de presse Bauer, dont l’une des illustrations est réutilisée dans le comparatif, ne cache pas sa colère face à cette reprise non autorisée de son travail :  « Ce qui me dérange, c’est qu’on détourne mes propos pour en faire un amalgame douteux entre trois sujets différents. Mon image est prise sans mon autorisation, on me la vole et on la spolie de son sens. »

Sur Facebook, on trouve trace, dès le 17 octobre, d’une première version du visuel reprenant son dessin mais comparant uniquement le terrorisme et la chasse, en citant ses sources statistiques : « Octobre 2018 : Sources : ONCFS.gouv / Le Monde ». Cette mouture figure notamment sur la page de l’humoriste Kheiron, où elle a suscité un débat dans les commentaires.

Alex Batifoulier, une militante animaliste et antispéciste qui a relayé cette version, se dit assez surprise de sa viralité, ce post ayant engrangé plus de 18.000 partages. Elle ignore toutefois qui a créé l’image : « Je l’ai trouvée sur un groupe où l’on partage des informations, documents, ou tout type d’article entre végétaliens ».

Si l’auteur(e) du visuel reste inconnu(e) à ce stade, ce comparatif se base en tout cas sur les données avancées le 16 octobre par un post Facebook de la page Vasara (Véganes Anti-Spécistes Animalistes et Radicalement Abolitionnistes).

Ce long texte, relatif à la mort du vététiste tué accidentellement par un chasseur en Haute-Savoie, conclut : « Je pose ça là : Terrorisme en France depuis 2000: 1075 blessés – 281 morts Chasse en France depuis 2000: 3050 blessés – 403 morts (sources ONCFS, GTD) »

Des chiffres fiables sur les accidents de chasse

Eric Damamme, fondateur de Vasara et auteur du post, nous explique : « [Notre page] commente régulièrement des articles […] afin de lui apporter une perspective antispéciste. Mais je ne sais pas qui a créé le visuel [comparatif], il est venu par la suite, je l’ai vu […] circuler deux ou trois jours après et, depuis peu, avec une troisième case en plus concernant les violences conjugales. »

Le militant antispéciste explique avoir choisi l’année 2000 comme origine pour une « raison pratique, [car] il faut bien fixer une date de départ comme base comparative » et avoir « tenté de croiser plusieurs sources fiables en prenant l’hypothèse la plus optimiste ». 

Les chiffres du comparatif sont plutôt conformes à la réalité : on dénombre bien au total, depuis 2000, 403 victimes mortelles d’accidents de chasse. le dernier rapport de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) dénombre bien 390 morts depuis 1990-2000, auquel il faut ajouter les 13 disparitions enregistrées en 2017-2018, selon les dernières données communiquées par l’Office. 

Le nombre total de blessés s’élève toutefois, selon ses statistiques incluant l’année 2017-2018, à 3.058 – ce qui amène à un total de 2.655, une fois qu’on en a déduit les 403 accidents mortels, soit un peu moins que les 3.050 « blessés » évoqués par le visuel.

Des valeurs concordantes pour les victimes de terrorisme

Quant aux 280 morts dues au terrorisme, elles correspondent globalement au nombre de morts recensées par la GTD, la base de données mondiale sur le terrorisme (citée par Vasara), qui compile les attentats recensés depuis 1970 – mais s’arrête à l’année 2017. En effectuant une recherche ciblée sur la France depuis 2000, on aboutit en effet à un total de 281 morts. –

Le chiffre avancé par le visuel n’est toutefois pas totalement à jour puisqu’il n’inclut pas les 4 morts de l’attentat de Trèbes, en mars 2018. Le nombre de blessés évoqué par le comparatif (1.075) correspond lui aussi peu ou prou aux derniers chiffres connus : on en dénombre 1.049 depuis 2000 dans l’outil, auxquels il faut ajouter les 16 de l’attentat de Trèbes et les 4 de l’attaque au couteau de la rue Monsigny, à Paris, soit un total de 1.069 blessés.

Paris, le 14 février 2017. Des militantes féministes manifestent devant le palais de justice pour dénoncer les violences conjugales.
Paris, le 14 février 2017. Des militantes féministes manifestent devant le palais de justice pour dénoncer les violences conjugales. – V. VANTIGHEM

« On dénombrerait plutôt 2.500 morts de violences conjugales »

Qu’en est-il des statistiques sur les violences conjugales relayées par le Planning familial, et visiblement rajoutées au comparatif initial entre chasse et terrorisme ? La Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF) nous indique : « Sur les morts, s’il s’agit bien uniquement des femmes, c’est un chiffre plutôt exact, voire amoindri par rapport à la moyenne annuelle ».

« En remontant jusqu’à 2006 et en se basant sur l’enquête réalisée annuellement par le ministère de l’Intérieur sur les morts violentes au sein du couple, on est à un total de 1.500 décès, soit environ 145 femmes par an. On serait donc plutôt à environ 2.500 morts depuis 2000 » poursuit la MIPROF.

Les « 107.500 blessées » évoquées par le visuel prêtent en revanche plus à débattre : « Le terme de « blessées » est vague, il faudrait savoir s’il s’agit de blessures uniquement physiques, par exemple, alors qu’il existe des violences sexuelles ou psychologiques. Selon les estimations de l’Insee, il y a 163.000 femmes victimes de violence physique par an. »

Si le Planning familial de Paris reconnaît qu’il va peut-être revoir son processus de partage sur ce type de publication lorsqu’elles ne sont pas sourcées, il maintient le caractère militant du post : « Dans l’ensemble, ces chiffres sont plutôt justes, et le visuel nous permet de montrer que certaines morts occupent plus l’espace public que d’autres. Le message évident qu’on a voulu faire passer, c’est le manque de visibilité de ces victimes de violences conjugales ».

20 Minutes