Leukosexualité: pour des blanches, c’est difficile de détruire la famille traditionnelle

Elles sortent de Chez Paulette, peu après minuit, laissant derrière elles un groupe de filles dansant le rock. Pour la seconde fois, ce minuscule bar de Lille, d’ordinaire très fréquenté par des garçons, a organisé une soirée « demoiselles » : rien que pour elles.

Sur le pavé du Vieux-Lille, elles s’enlacent, s’embrassent et saluent leurs copines. A la vue du journaliste, elles sourient en faisant « non » de la tête puis s’éclipsent dans la nuit, main dans la main, sans un mot.

Et si plonger dans la vie des lesbiennes en 2018 pouvait s’apparenter à cette scène fugace, un samedi soir printanier ? Vingt ans après le pacs, cinq ans après le mariage pour tous et l’adoption homoparentale, les femmes qui aiment les femmes restent, dans tous les domaines, des femmes de l’ombre.

Le premier couple homosexuel français marié, en mai 2013, à faire l’ouverture des journaux télévisés de 20 heures ? Des hommes, alors qu’il y a presque autant de mariages de femmes. Les rumeurs d’homosexualité sur telle ou telle personnalité en vue ? « Toujours sur des mecs. Les femmes, ça n’intéresse pas, soupire Flora ­Bolter, ancienne présidente du Centre LGBT ­Paris-Ile de France. Où sont les lesbiennes ? Planquées et invisibles, ajoute-t-elle. On n’est pas vues, pas perçues, ignorées. Il y a une mise à l’écart, un déni, et une violence indirecte. Comme, par exemple, lorsqu’un gynéco me dit : “Vous viendrez quand vous aurez une sexualité.” »

La loi du silence

Combien de femmes, parmi la vingtaine rencontrée pour ce reportage, raconteront des anecdotes similaires ? Cet hôtelier qui leur prépare des lits jumeaux bien qu’elles aient réservé une chambre avec un lit double. Ce propriétaire d’appartement qui leur rétorque « ne pas prendre de colocataires ». Ou cet urgentiste à l’hôpital qui bloque l’accès à la chambre au motif que « seuls les proches sont acceptés ». Camille, quimpéroise de 29 ans, en a fait l’expérience….

 

Le MOnde