Leukosexualité: Nicolas Mathieu(Prix Goncourt)”La vérité de ton cul, la voilà”(Extrait des “cartes postales” littéraires sur Instagram…)

«La vérité de ton cul, la voilà. Il n’est pas question de pierres chaudes, d’albâtre ni du ressac de la mer. La vérité, c’est ton dos collé au mur et tout de suite, tu es trempée et tu dis mords-moi, embrasse-moi, sens comme j’attends. Il est quinze heures, il fait chaud, le matin tu as fait du sport et je cherche dans ton cou l’odeur de ta sueur. Tu enlèves ton jean, ta culotte, tu débordes de salive et tu es une plaie sucrée, un fruit, un mammifère, une putain. La vérité de ton corps, c’est celle-là, le besoin d’homme et la pluie, ton sourire au moment exact, et tes mots qui font bander plus dur, nos ventres collés, ce marécage parfait de nos sexes.

Mords-moi, baise-moi, ne t’arrête pas. Il faudrait que ça dure toute la vie, au moins deux heures, encore un peu je t’en prie. Tu ploies, tu tends ton cul, tu prends mes mains comme une excuse, un sursaut de tendresse qui masque mal le fond des choses : tu veux crever sous mon poids. Tu n’es qu’un appétit, une bête, viens, fais-toi toute petite entre mes bras. La vérité de nos après-midi, la voici, des draps à tordre et tes cheveux électrisés, nos manières de serpent, et pour finir ton grand corps accroupi dans la baignoire, tandis que tu effaces tout le bien que l’on s’est fait, sans vergogne, tu es belle et je cherche mes forces dans le lit saccagé.

Un chignon, un trait de mascara. Déjà, je ne te reconnais plus. Tu as renoué avec le mensonge de la civilisation. Il ne reste qu’un peu d’ironie dans ton œil pour rappeler le désordre de tout à l’heure. Reviens bientôt. On fera pire, je te promets.»

Le Nouvelobs