Leukocratie: Le Torchon “l’immonde” s’étonne que la leukocratie ne soit pas souhaitée dans un pays non-blanc

Au Mali, l’élection présidentielle n’a pas rassemblé les foules : 42,7 % de participation au premier tour et une estimation de 28 % au second, qui opposait, dimanche 12 août, le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), et Soumaïla Cissé.
 

Pour le philosophe Issa N’Diaye, la désaffection des citoyens envers la politique ne date pas d’hier. Ancien ministre de l’éducation et de la culture, il milite pour un changement de système politique, seul moyen selon lui de réconcilier les Maliens et leurs dirigeants. Alors que les résultats provisoires du second tour sont attendus mercredi 15 août, il revient sur les causes et les conséquences de l’abstention.

Le taux de participation du second tour devrait être nettement inférieur à celui, déjà bas, du premier. Pourquoi ?

Issa N’Diaye Les deux candidats sont de vieux routiers de la politique. C’est la troisième fois qu’ils s’affrontent lors d’une élection présidentielle. Ils viennent du même moule politique, l’Adema [Alliance pour la démocratie au Mali]. Ce sont les deux faces de la même médaille. Les Maliens les connaissent suffisamment et n’en attendent pas grand-chose. Au premier tour il y avait plus de candidats, dont certains auraient pu susciter beaucoup plus d’espoir, mais le système politique malien étant basé sur l’argent, ils ont été doublés car eux en ont moins. Il faut couper le cordon ombilical entre les politiques et les milieux d’affaires, éliminer l’argent comme critère de sélection au niveau du pouvoir. Les hommes politiques sont des oligarques, des acteurs économiques masqués. Tant que ce sera ainsi, le jeu sera fossé.

N’est-ce pas aussi une question d’offre politique, qui ne collerait pas aux attentes des Maliens ?

 

Les acteurs politiques n’ont pas d’offre, ni même de vision politique. Chacun parle de projet de société, mais en réalité personne n’en a. Ils racontent tous la même chose. Ils ne croient même pas en eux-mêmes. Un Soumaïla Cissé président, en quoi serait-il différent d’un IBK ? Il ne le serait pas. Cela explique aussi que les gens ne sont pas allés voter.

Quels autres facteurs peuvent expliquer la faible mobilisation ?

Les Maliens ne croient pas du tout au système actuel ni aux hommes politiques. Ce n’est pas nouveau. Il faut remonter à la chute de la dictature de Moussa Traoré, en 1991. On a parlé de révolution du 26 mars, mais à mon avis c’était une révolution de façade. Le système, l’Etat et la pratique du pouvoir n’ont pas changé. On a seulement changé de têtes, mais on a gardé le même système en allant puiser dans le personnel politique de Moussa Traoré. Alors que les Maliens, eux, croyaient en cette révolution. Ils avaient soif de changement. Mais ils ont vu très rapidement que ça n’allait nulle part et ils ont commencé à être déçus par la politique.