Leukodécadence: Clara en couple avec Alex “Pénétrer mon copain a changé ma vision de la masculinité”(sic)

Le fantasme de son compagnon a poussé Clara à s’interroger sur sa vision genrée de la sexualité.

“J’ai rencontré Alex à un dîner chez un ami, il y a un an et demi. Notre histoire a démarré après quelques rendez-vous. J’étais épanouie sexuellement. Nos pratiques cochaient toutes les cases du cahier des charges de la sexualité telle que je la connaissais : rapports réguliers, fellation et cunnilingus, sodomie de temps en temps. 

Nous avions des conversations plutôt libres sur ce que nous aimions. Les fantasmes d’Alex n’étaient pas très originaux -faire l’amour dans un lieu public, tester un club échangiste ‘pour voir’-. De quoi me conforter dans mes certitudes. Je ne l’aurais jamais avoué mais, pour moi, la sexualité hétéro et masculine se réduisait à un éventail réduit de pratiques et de fantasmes. Je me disais que tous les hommes aimaient les mêmes choses : le porno, le sexe un peu brutal où ils dominent. Avec du recul, je réalise à quel point Alex a dû faire des efforts pour coller à cette image. 

 
 
 

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“Des sensations inédites et très agréables”

Cette routine bien huilée a été bouleversée un soir, après un apéro bien arrosé. À peine rentrés chez Alex, nous nous sommes jetés l’un sur l’autre. Tout d’un coup, je l’ai senti guider ma main vers son anus. Très surprise et un peu choquée, je l’ai retirée. Il a recommencé. Je me suis dégagée une nouvelle fois. Il a finalement renoncé. Le lendemain matin, Alex a spontanément abordé le sujet. Il m’a confié aimer se faire pénétrer par sa partenaire, depuis qu’une ancienne copine l’avait initié à cette pratique il y a plusieurs années.  

‘Au début, j’ai opposé un non catégorique, m’a-t-il raconté. J’étais sûr que si j’acceptais, elle ne me respecterait plus, que ce serait le signe d’une homosexualité refoulée. Il me semblait que ma relation ne survivrait pas à une telle confusion des genres. Ma copine continuait pourtant d’insister, en me répétant à quel point cela serait agréable pour moi. J’ai fini par me laisser convaincre. À ma grande surprise, elle avait raison. Une fois le stress passé, j’ai découvert des sensations inédites et très agréables.’ 

“Tôt ou tard, il finirait par me quitter pour un homme”

Le ton d’Alex se voulait assuré mais au fond j’avais l’impression d’avoir été trompée. Je ne pouvais pas m’empêcher de me dire qu’il se mentait à lui-même. Ce goût pour la pénétration ne pouvait être que le premier signe d’une évolution de son orientation sexuelle. Tôt ou tard, il finirait par me quitter pour un homme.  

Sous mes abords féministes, ma sexualité était empreinte de clichés machos. Un homme hétéro ne doit pas se montrer vulnérable, surtout pas au lit. La pénétration vaginale est le point d’orgue du rapport sexuel. Le plaisir des deux partenaires n’est légitime que si l’on en passe par là. Déconstruire cette idée n’est pas facile. Les représentations culturelles et les discours des psys tendent à l’entériner dès le plus jeune âge.  

Désarçonnée, j’ai décidé de raconter mon histoire à mes amies les plus proches. Certaines ont semblé choquées. Elles m’ont affirmé qu’il valait mieux quitter Alex avant que lui ne le fasse.  

“Ne pas toucher à une image figée de la masculinité”

À l’exact opposé, deux autres se sont confiées à moi. Leur copain aussi ‘aimaient ça’. Je suis tombée des nues. Malgré notre proximité et nos confidences sexuelles récurrentes, nous n’avions jamais abordé le sujet. Nous pouvions avouer sans problème nos plans culs ratés ou revendiquer des pratiques un peu extrêmes comme le BDSM, mais pas toucher à cette image figée de la masculinité. Un aveu aurait entaché la virilité de nos compagnons dans l’esprit de nos proches. 

‘Ce que l’on perçoit comme une envie de soumission de la part de l’homme est une vision erronée du désir masculin, a souligné mon amie Salomé. En réalité, je crois juste que la pénétration anale procure du plaisir et qu’il n’est pas nécessaire de chercher plus loin.’ 

L’Express