Travail au Blanc: Michel Platini poursuivit par la FIFA pour le remboursement de 2 Millions de Francs suisses

La guerre s’annonce totale entre la Fédération internationale de football (FIFA), présidée par l’Italo-Suisse Gianni Infantino, et Michel Platini.

L’instance envisage de saisir la justice helvétique pour obtenir le remboursement de 2 millions de francs suisses (1,84 million d’euros) versés de façon « indue » par l’ex-président de la FIFA Sepp Blatter, en 2011, à l’ex-numéro 10 des Bleus, selon un document de la commission de gouvernance dite « indépendante » de la FIFA qu’a pu obtenir l’Agence France-Presse (AFP), mercredi 11 décembre.

Ce versement a valu à MM. Blatter et Platini une suspension respectivement de six et quatre ans de toute activité liée au football – la suspension de l’ex-capitaine des Bleus s’est achevée en octobre. Pour ce paiement considéré comme « déloyal », la justice suisse avait ouvert en septembre 2015 une procédure pénale visant Sepp Blatter, à l’origine de ce paiement en 2011 à Michel Platini, pour un travail de conseiller achevé en 2002. L’ex-numéro 10 des Bleus avait été entendu comme témoin assisté. En mai 2018, il avait reçu une lettre du ministère public de la Confédération helvétique lui confirmant qu’il ne « sera[it] pas poursuivi » dans le cadre de la procédure en cours.

« La FIFA défendra ses intérêts »

Dirigée depuis 2016 par Gianni Infantino, ancien bras droit de M. Platini lorsque ce dernier présidait l’Union des associations européennes de football (UEFA), la FIFA a jusqu’au 31 décembre pour se tourner vers la justice. « Nous attendons d’en savoir plus sur les conclusions de l’enquête des autorités suisses en cours depuis plus de quatre ans, a déclaré un porte-parole de l’instance établie à Zurich. La FIFA défendra ses intérêts et ses droits, car ce sont les intérêts et les droits du football et des membres de la FIFA. »

L’action est dirigée solidairement contre MM. Blatter et Platini, et vise à récupérer la somme de 2 millions de francs suisses « assortie des intérêts », mais également les amendes auxquelles les deux anciens dirigeants ont été condamnés ainsi que les frais de procédure, qu’ils n’ont, selon le document consulté par l’AFP, jamais payés.

« La FIFA joue au gendarme et au voleur. Mais il n’y a pas de voleur », confie au Monde Sepp Blatter, 83 ans. Le patriarche a toujours soutenu que ce paiement avait été « validé » par les commissions compétentes de la FIFA, dont la commission des finances.

« Une manœuvre infantile, qui ne trompera personne »

De son côté, l’avocat de M. Platini, Vincent Solari, estime que « les éventuelles prétentions de la FIFA seraient en toute hypothèse prescrites » et pointe une « tentative de diversion qui relève ainsi d’une manœuvre infantile, qui ne trompera personne. »

« Cette démarche relève du harcèlement à l’encontre de mon mandant, au moment où précisément la plainte pénale (déposée contre X auprès du parquet de Paris, en septembre 2018, pour dénonciation calomnieuse et association de malfaiteurs) de M. Platini concernant les manœuvres illicites auxquelles se sont livrés certains protagonistes de la FIFA à son encontre, fait l’objet d’une instruction en Suisse », développe M. Solari.

« Michel Platini est devenu le pire cauchemar de l’équipe dirigeante actuelle de la FIFA, assure au Monde l’entourage de l’ex-président de l’UEFA. La manœuvre consiste à tenter à tout prix à le rendre inéligible à la présidence de la FIFA. C’est un faux pas car cette manœuvre illustre, s’il le fallait encore, l’objectif uniquement politique des attaques de la FIFA contre Michel Platini depuis cinq ans maintenant. »

Depuis plusieurs mois, M. Platini multiplie les critiques envers M. Infantino, qui a été élu à sa place à la tête de la FIFA alors que le Français était suspendu par le comité d’éthique de la Fédération internationale. « Pour moi, il n’est pas crédible comme président de la FIFA, et n’a aucune légitimité pour représenter le foot », assurait l’ancien patron de l’UEFA à plusieurs médias européens, en juin, avant la réélection de M. Infantino à la présidence de la FIFA, lors du congrès de Paris.

Plusieurs sources proches de la FIFA, contactées par Le Monde, s’accordent à penser que M. Infantino « est obsédé par un éventuel retour » de son ancien patron. Lequel n’a pas fait mystère de son souhait de retrouver une fonction dans le monde du football, au terme de son purgatoire de quatre ans. Le conflit entre M. Platini et la Fédération internationale pourrait se poursuivre dans les prétoires