Leukodécadence: Tony Kushner « Ma pièce sur le sida est arrivée au bon moment. Au théâtre, le succès est une question de timing »

« Angels in America », l’œuvre du dramaturge américain sur le sida, est à l’affiche de la Comédie-Française à partir de ce soir, dans une mise en scène d’Arnaud Desplechin.

Début janvier, Tony Kushner est venu à Londres pour suivre les répétitions de The Visit, l’adaptation qu’il a faite de La Visite de la vieille dame, de Dürrenmatt, dont la première aura lieu le 31 janvier, au National Theatre. A Paris, la Comédie-Française présente à partir du samedi 18 janvier sa grande pièce sur le sida, Angels in America, dans une mise en scène d’Arnaud Desplechin. A Bordeaux, Catherine Marnas vient de créer une nouvelle version de A Bright Room Called Day (« une chambre claire nommée jour ») du dramaturge et scénariste new-yorkais, qui poursuit également sa collaboration avec Steven Spielberg : il a participé à la réécriture de West Side Story, pour un film musical dont la sortie est prévue en décembre. Barbe et lunettes, douceur et fermeté, nous avons rencontré Tony Kushner à Londres, au National Theatre : un homme qui s’engage quand il parle.

Dès sa création en 1991, à San Francisco puis à Londres et à New York, « Angels in America » a rencontré un succès fracassant. Est-ce que vous vous y attendiez ?

J’avais toujours pensé que je réussirais, parce que mes parents m’ont donné confiance en l’art, quand j’étais enfant. Mais j’avais écrit une pièce dont le sous-titre est Fantaisie gay sur des thèmes nationaux. Je pensais qu’elle était très gay, et qu’elle aurait surtout du succès dans ce milieu. Quand elle a été créée, on n’était plus dans la période des débuts du sida. Un autre regard était porté sur la maladie. Les gens ont pu enfin commencer à faire leur deuil. Ma pièce est arrivée au bon moment. Au théâtre, le succès est une question de timing.

C’est une longue pièce, composée de deux parties, « Le Millénaire approche » et « Perestroïka » : elle dure sept heures si on la joue dans son intégralité. A la Comédie-Française, elle est ramenée à 2 h 30. Ce n’est pas un problème pour vous ?

Non. Ma pièce a trente ans, sa réputation est faite. Quand Arnaud Desplechin m’a appelé, j’étais ravi, parce que j’adore ses films. Il m’a dit qu’il voulait couper, je lui ai dit : « Allez-y ! », et on a d’ailleurs travaillé ensemble. Ivo van Hove aussi avait beaucoup coupé quand il a mis en scène Angels in America, en 2008.

Le Monde