Leukodécadence: Maia Mazaurette « Pince à téton », « Money shot » ou « Point G »… les mots du sexe

Merci bon coup

La sexualité est un sport de combat – au moins de combat de mots. Il y est question de coups, d’à-coups, de coups de boutoir, de coups d’un soir. La sexualité désirable, excitante, est-elle nécessairement agressive ? Georges Bataille est de cet avis. Dans l’introduction de son Erotisme (Editions de Minuit, 1957), le philosophe ne mâche pas ses mots : « Si l’élément de violation, voire de violence, qui la constitue, fait défaut, l’activité érotique atteint plus difficilement la plénitude. » Cette formule date exactement de soixante ans avant #metoo : une époque différente, comme l’actualité littéraire le démontre. Une époque où définir la violence comme constitutive de la bagatelle passait plutôt bien dans les dîners mondains. Mais, au fait, d’où vient cette obsession sémantique ?

Article réservé à nos abonnés Lire aussiD’allumeuse à limerence, les mots du sexe de A à L

Pour le docteur en linguistique Hugo Blanchet, « le mot [coup] est attesté depuis l’ancien français « colp », qui doit venir d’une forme de latin vulgaire colpus, issue de la syncope du latin classique colaphus (« coup de poing ») – lui-même un emprunt au grec colaphosde même
sens »
. Le pénis donne-t-il des coups de poing ? Le poing est-il le gland du bras ? On ne se prononcera pas sur cette question anatomique, mais on notera que la métaphore est identique en anglais (to hit, to bang) : pénétrer, c’est taper.

Sur le papier, ça pourrait paraître amusant – un simple vestige. Mais la langue informe notre impensé : avec environ 220 000 femmes adultes, victimes de violences sexuelles, par an (selon le Haut Conseil à l’égalité), il est peut-être temps d’admettre que, quand on parle de coups, on en est toujours un mauvais.

Le Monde