Leukodécadence, Leulkoolisme: Maia Mazaurette”Sexe et alcool, pourvu qu’on ait l’ivresse !(sic)

Pourquoi associons-nous la séduction à l’alcool, alors que nous savons pertinemment qu’il altère notre capacité de décision et nuit aux performances des hommes ?, interroge la chroniqueuse de « La Matinale » Maïa Mazaurette
Aurez-vous encore envie de boire de l’alcool dans trois jours, ou êtes-vous déterminé à vous mettre au défi du « janvier sec » qui fait polémique depuis quelques semaines ? Quelle que soit votre réponse à cette épineuse question (hips), elle aura un impact sur votre vie sexuelle. L’alcool et la sexualité jouent les liaisons dangereuses depuis des millénaires : quand le pays de la séduction est aussi celui du vin, il y a anguille sous roche.

Ainsi, 70 % des Français donnent leur premier rendez-vous amoureux dans un bar ou un restaurant (Harris Interactive, février 2019). Et 61 % des femmes pensent que l’alcool facilite les rencontres, à peu près autant sont déjà rentrées pompettes avec un inconnu (Emmanuelles.fr, janvier 2014). Même chose pour les hommes : 66 % boivent au premier rendez-vous (Castalie, mars 2018). Pas mieux chez les plus jeunes : selon l’application de rencontre Tinder, les émojis « verre de vin rouge » et « chope de bière » font partie du top 20 des millennials en 2019.

Pas mieux non plus chez nos voisins occidentaux ! Un sondage de 2013 montre ainsi qu’en Angleterre, 11 % des adultes qui boivent régulièrement le font systématiquement avant de faire l’amour… essentiellement parce que sans cette stimulation, leur libido leur ferait défaut (UKMedix.com). Sur les campus universitaires américains, la fête est tellement synonyme d’alcool qu’au moins un cinquième des rapports sexuels se produit après que les étudiants ont bu (Psychology of Addictive Behaviors, 2009).

Substance ambivalente

Ce qui nous ramène à notre mois de janvier : le prendrez-vous sec, mouillé, à la paille, on the rocks ? Pour vous aider à vous décider, commençons par rappeler les basiques des conséquences de l’alcool : si le plaisir et les performances ne sont pas toujours au rendez-vous, le désir et la confiance sont augmentés. (Je vous laisse relire ma chronique dédiée à cette question.)

Comme aphrodisiaque, cette substance se révèle ambivalente : les rapports alcoolisés occasionnent plus de regrets, plus de dérapages, et plus d’agressions pures et dures. L’alcoolisation excessive, jusqu’au trou noir, conduit à outrepasser le consentement, au point que certains experts ont pu parler de l’alcool comme d’une « drogue du viol ». C’est ce qu’aura démontré le célèbre cas Brock Turner en 2015 : alors que la vulnérabilité de la victime constitue une circonstance aggravante en France, elle sert régulièrement à excuser les violeurs aux Etats-Unis. (Je vous recommande le texte du juriste Benoît Le Dévédec sur cette question.)

 

Le Monde.fr