Leukodécadence: La Biologie Française minée par des manquements à l’intégrité scientifique

Plusieurs affaires d’« inconduite scientifique » renvoient une image peu flatteuse de la biologie et questionnent la solidité des garde-fous de la recherche. Enquête sur trois affaires françaises.

Depuis trois ans, la biologie française vit dans un climat délétère, secouée par des affaires à répétition d’inconduites scientifiques touchant, directement ou non, des chercheurs réputés, des dirigeants d’organisme ou d’institut. Y aurait-il quelque chose de pourri en ce royaume ? Avant d’esquisser quelques réponses, résumons rapidement les plus marquantes de ces affaires.

A partir de septembre 2014, des articles cosignés par une étoile montante de la biologie française, Olivier Voinnet, sont signalés sur le site PubPeer.com comme contenant des images incorrectes. PubPeer est une sorte de forum destiné à discuter, y compris de façon anonyme, d’articles scientifiques déjà publiés.

 

Ces signalements conduisent au lancement, en janvier 2015, de deux enquêtes indépendantes diligentées par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’employeur du biologiste, et par l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETHZ), où il est détaché comme professeur. En juillet, les inconduites scientifiques sont confirmées dans plusieurs cas, et des sanctions sont prises contre Olivier Voinnet, mais aussi l’un de ses collègues, Patrice Dunoyer.

En septembre 2016, le CNRS et l’ETHZ lancent une enquête sur des faits nouveaux, autour des mêmes chercheurs, qui aboutira, à l’automne 2018, à de nouvelles sanctions – un simple blâme pour Olivier Voinnet, une dégradation d’échelon et une suspension de onze mois pour Patrice Dunoyer.

 

Le CNRS dans la tourmenteDans l’intervalle, deux autres affaires ont éclaté, toujours relayées par PubPeer et par un blogueur allemand spécialisé dans ces questions, Leonid Schneider.

La première, en septembre 2017, touche Catherine Jessus, directrice de l’Institut des sciences biologiques, un des dix instituts du CNRS. La seconde, qui débute en novembre 2017, vise Anne Peyroche, employée du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) mais présidente du CNRS par intérim depuis la fin octobre 2017.

 

Le Monde