Leukodécadence: “Et si vous buviez votre pipi pour être en meilleure santé ?”

Featured Video Play Icon
 

Ces gens lèvent leurs verres. A l’intérieur, l’or liquide brille dans la lumière du jour. Ils portent les verres à leurs lèvres et zou, en avalent le contenu d’une traite. Glou glou. Et là, le téléspectateur tombe de son siège. Jusqu’ici, admettons-le, le documentaire « les Superpouvoirs de l’urine » ne l’avait pas particulièrement bouleversé. Mais là, sans coup férir, il réalise que ces gens BOIVENT LEUR URINE. Celle qu’ils ont produites à gros bouillons quelques minutes auparavant dans de grandes pintes allongées. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?

On croyait les pratiques urophiles réservées aux oiseaux de nuits adeptes de soirées lubriques de Berlin. Mais ici, pas du tout. Nos joyeux adeptes du pipi drink ressemblent à vos voisins qui s’enverraient une bolée de cidre lors d’une galette des rois.

« Ce matin, j’avais un petit mal de tête et, comme d’habitude, j’ai bu mon urine. Et sept minutes après, mon mal de tête avait disparu », vante Martin J. Lara, surnommé « Urine man » en raison de son engagement pour la cause urothérapeutique.

Un autre buveur nous raconte : « J’ai subi une chirurgie de l’œil qui s’est infectée. J’ai mis deux gouttes d’urine sous ma langue et ça a vraiment marché. »

Défenses immunitaires

Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n’est pas la toquade de quelques hurluberlus, mais un remède vieux comme le monde – si profondément inscrit que même les grands singes y ont recours. Boire du pipi serait bon pour les défenses immunitaires, pour l’asthme, pour les articulations… On écrit « serait » parce que hélas, aucune étude ne prouve, ni n’invalide, cette croyance, même si des médicaments à base de pipi existent déjà (notamment pour lutter contre la formation de caillots sanguins et les troubles de la ménopause).

Cela n’empêche pas que, dans certaines régions de Chine, M. et Mme Tout-le-Monde engloutissent tranquillement des œufs cuits durs à l’urine d’écoliers (mâles uniquement), bien persuadés que ce régime fabrique des centenaires.

Mais plus sérieusement, des scientifiques s’activent depuis quelques années pour essayer de recycler ce déchet de notre organisme et en faire un nouvel or. Et il semble que ce soit possible : chaque jour, nous pissons en effet quelque chose comme 7.000 cellules de rein en parfait état. Cellule dont on pourrait bien faire des cellules-souches dignes de ce nom, c’est-à-dire des cellules non spécialisées, capables de fabriquer toutes les composantes de notre organisme : du sang, du muscle, du foie, des neurones… Une vraie mine quand on sait à quel point la récupération des cellules souches de l’embryon humain pose des problèmes éthiques.

Ce documentaire, décidément inattendu, nous apprend aussi que l’urine de dromadaire pourrait être souveraine… contre certains cancers humains. En effet, le système immunitaire de ce mammifère capable de marcher plus de quarante jours sans boire une goutte d’eau est costaud comme de l’acier trempé. Du sérum qui en serait issu pourrait donc faire le plus grand mal aux cellules cancéreuses.

L’urine pourrait également servir à faire marcher des batteries à hydrogène (pour votre gouverne, 1.250 personnes pissent, chaque jour, l’équivalent de 480 kilomètres) et même décoller une fusée. A ce rythme, on va finir par se retrouver dans « Mad Max 3 » où le lisier de porc est devenu la source numéro un d’énergie ! La « petite commission » ne sera plus longtemps petite. 

Les Superpouvoirs de l’urine. Samedi 16 février à 22h20 sur Arte. Documentaire de Thierry Berrod et Quincy Russell (2014). 52 min. (Disponible en replay sur Arte + 7)

Nouvelobs.com