Leukodécadence: Emma Becker”Foutez la Paix aux Putes”(sic)

C’est, osons le jeu de mots, la claque de cette rentrée littéraire. Dans La Maison (Flammarion), Emma Becker raconte son expérience de deux ans et demi dans une maison close berlinoise, où la prostitution est légale depuis 2002. Un bordel chic, situé entre un Biergarten, un Döner et une école maternelle, que l’écrivaine dépeint avec tendresse, autant pour ses collègues que pour les clients. Le livre a recueilli des éloges stylistiques (Jérôme Garcin : un « putain de grand livre » ; Frédéric Beigbeder : « le principal scandale de ce livre, c’est qu’il est une réussite littéraire complète »…), mais aussi de féroces critiques pour sa supposée absence de réflexion sur les rapports de domination. Fille d’Éric Besson, Ariane Fornia a ainsi dénoncé, dans Libération, les honneurs médiatiques réservés à cette « belle jeune fille de bonne famille » tandis que l’association Osez le féminisme a fustigé un « livre qui glamourise et banalise » la prostitution. Alors que la saison des prix s’achève, Emma Becker s’est montrée plus libre que jamais quand nous l’avons rencontrée chez son éditeur. Dans un grand entretien, elle répond aux abolitionnistes, défend la légalisation de la prostitution en France, se moque gentiment des jurés littéraires qui se sont donné un « petit frisson » en la plaçant dans les listes et évoque les difficiles rapports hommes-femmes.

Le Point : Vous avez été finaliste de deux prix dont les jurys sont essentiellement masculins, le Renaudot et le Flore. Pas trop déçue ?

Emma Becker : Peut-être qu’avec un point de vue « exceptionnel » comme le mien sur la prostitution, cela rend plus compliqué de mettre tout le monde d’accord pour donner un prix. Je suis contente d’être apparue sur les listes des jurys, je ne vais pas cracher dans la soupe. Mais les membres de ces jurys se sont peut-être donné un petit frisson en mettant en avant un livre sur le sexe écrit par une femme, sans que cela coûte grand-chose. Peut-être aussi que cela les mettait en porte-à-faux par rapport aux quelques femmes qui se battent dans le jury. Et peut-être qu’ils ont eu peur d’avoir l’impression de cautionner le principe même de prostitution.

Quel a été l’accueil des lectrices femmes ?

Le Point