"Jamais sur les tombes" : dans la zone des rencontres gay du Père-Lachaise
Photographie prise au cimetière du Père-Lachaise à Paris. (L. Auvitu)

Entre les tombes biscornues et dans les chapelles, il existe au Père-Lachaise une “zone” où des hommes viennent rencontrer d’autres hommes pour s’aimer.

Dans un recoin, près d’une coursive, une ombre s’immobilise. Sentant notre présence, la silhouette rectiligne regagne paresseusement l’allée principale du cimetière du Père-Lachaise, puis s’arrête. L’homme d’une soixantaine d’années semble attendre quelque chose ou quelqu’un.

Une brève présentation et quelques formules de politesse plus tard, nous l’interrogeons sur la raison de sa présence au sein de la nécropole parisienne. D’un sourire malicieux, Greg* répond :

“Je viens ici pour rencontrer des hommes et avoir des rapports sexuels avec eux.”

Sans filtre, il détaille :

“Je consomme toujours sur place. J’ai une seule exigence : jamais sur les tombes.”

Si nous avions déjà entendu parler du curieux ballet qui se joue dans les buissons des jardins du carrousel du Louvre ou des rencontres éphémères du Bois de Vincennes, nous ignorions que le cimetière du Père-Lachaise avait lui aussi cette réputation d’être un lieu de drague homosexuelle.

Pourtant, entre les tombes biscornues et les chapelles aux vitraux cassés, il existe bien une “zone” où des hommes viennent rencontrer d’autres hommes pour − comme le dit si bien Greg − “observer, s’aimer ou juste baiser”.

Entre les tombes, un “étonnant manège”

La pratique ne date pas d’hier. A la fin des années 1980, alors qu’il était étudiant en ethnologie, Roger Teboul s’était penché sur la question. Arpentant le cimetière pendant près de deux ans, il avait épié un “étonnant manège”. Cela se passait toujours au même endroit, souvent en fin de journée. Il se rappelle :

“A l’abri des regards, des hommes de tous âges suivaient une sorte de parcours, se faufilant entre les tombes, disparaissant ou sortant furtivement d’une chapelle. A l’époque, ce microcosme n’avait rien de surprenant dans la mesure où l’homosexualité restait subversive.”

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