Leukocratie: Sylvie Goulard nommée commissaire Blancpéen(Rappel: Elle avait appelé à dissoudre l’Armée Française avant de se faire virer)

Adepte de la lenteur en politique, Emmanuel Macron aura dépassé le délai donné par la prochaine présidente de la Commission européenne pour transmettre le nom du commissaire européen qu’il propose au nom de la France : Sylvie Goulard. Une femme, c’est le moins que la France pouvait faire pour satisfaire au critère de parité défini par von der Leyen pour composer sa Commission. Une experte des questions financières et monétaires tant elle a brassé cette matière au Parlement européen lorsqu’elle y siégeait sous l’étiquette MoDem. Enfin, une germanophone dont les très nombreuses relations outre-Rhin seront précieuses quand il s’agira de lancer des ponts avec Berlin pour conforter un budget de la zone euro encore indécis…

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Sur ce CV impeccable, il y a une ombre au tableau : l’affaire des assistants parlementaires du MoDem qui avait conduit Sylvie Goulard à s’écarter d’elle-même du premier gouvernement Philippe, à l’issue des législatives de 2017. Au cours de cet été 2017, François Bayrou, garde des Sceaux, refusait obstinément de démissionner et partait en guerre contre ses accusateurs. Sylvie Goulard, elle, préférait reprendre sa liberté « pour démontrer sa bonne foi » et tout le travail qu’elle a accompli au Parlement européen. La démission volontaire de la ministre de l’Armée entraînait consécutivement celle de François Bayrou et de Marielle de Sarnez. La justice se penche très lentement sur le travail de Stéphane Thérou, l’assistant parlementaire, basé à Paris, que le MoDem lui avait imposé… Thérou est plutôt l’homme de confiance de Bayrou, dont il dirige le cabinet à la mairie de Pau. Pour François Bayrou, « il n’y a jamais eu d’emplois fictifs au MoDem ». L’enquête judiciaire n’est toujours pas close.

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À l’épreuve du grand oral

Sylvie Goulard n’est d’ailleurs pas mise en examen dans cette affaire, mais nul doute que le Parlement européen la mettra sur le gril lors de son audition comme commissaire candidate entre septembre et octobre. Cela fait partie des « joies » de la procédure de nomination des commissaires européens. Chacun passe un grand oral devant la commission compétente et doit faire valider sa désignation par un vote. Un examen toujours un peu risqué, cette année plus que les précédentes. Humilié par le Conseil européen au moment de la désignation de la présidente de la Commission, traversé de clivages complexes, le Parlement européen peut transformer les « oraux des commissaires » en jeu de massacre pour réaffirmer son influence…

Techniquement, personne ne prendra Sylvie Goulard en défaut. Macron ne pouvait choisir personnalité plus experte. Tellement qu’en mai 2017, après la victoire de Macron, on l’attendait plutôt ministre aux Affaires européennes que ministre aux Armées… Mais Bayrou négociait pour son amie Marielle de Sarnez le portefeuille européen et Goulard se retrouvait aux Armées, un ministère où la pompe d’un autre âge l’étouffait assez vite. La ministre découvre un ministère peu fonctionnel, d’énormes bureaux éloignés les uns des autres, des huissiers aux petits soins… Même quand elle essaie de déjeuner à la cantine avec le personnel, on se croit obligé de lui porter son plateau-repas. Bref, ce décorum est pesant… Un homme devine son malaise : Michel Barnier. Le négociateur du Brexit qui lui rend visite pressent que Sylvie Goulard n’est pas heureuse à l’Hôtel de Brienne. En sortant du rendez-vous, il le confie à ses équipes : « Elle ne restera pas six mois. » Quelques jours plus tard, l’oracle de Barnier se réalise… Et Macron attendra quelques mois avant de la nommer second sous-gouverneur de la Banque de France où elle retrouve, à l’international, les dossiers monétaires.

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Elle a construit la crédibilité du candidat Macron outre-Rhin

En tout cas, pour Sylvie Goulard, l’Europe n’est pas une seconde patrie : c’est sa première. Et c’est parce qu’Emmanuel Macron «  a été le plus courageux sur la défense de l’Europe, sur la crise des réfugiés et sans ambiguïté sur la Russie  », dit-elle, qu’elle fut l’une des premières centristes à le rejoindre, en octobre 2016. Puis à devenir une pièce maîtresse du comité politique restreint du candidat, retrouvant avec bonheur l’un de ses anciens élèves de Sciences Po, le jeune Clément Beaune, un ancien du cabinet Macron à Bercy devenu «  conseiller Europe  » du candidat. À deux, avec leurs réseaux respectifs à la chancellerie allemande, la prof et l’ancien élève organisent les deux visites du candidat Macron à Angela Merkel. François Fillon, averti par une fuite des «  infidélités » de la chancelière, entre dans une colère froide et active, sans résultat, tous ses réseaux outre-Rhin pour faire capoter la rencontre du 16 mars 2017…

 

 

Le Point