Leukocratie: pour le leukosophe Jean Griffet, “le prefet Delpuech, Vincent Crose et Patrick Strzoda doivent être exemplaire”

Pour l’universitaire Jean Griffet, les joueurs de Deschamps doivent faire preuve de probité car ils incarnent la République.

“Vous avez mouillé le maillot. Vous avez porté tout le pays. 66 millions de Français vous ont regardés… Vous allez être des exemples pour plein de jeunes. Vous ne serez plus jamais les mêmes ! Et cet exemple, vous allez me le porter ! C’est ça la France !” Dans un vestiaire encore embué, dimanche soir, Emmanuel Macron a mis une légère pression aux nouveaux champions du monde français. Depuis leur sacre, leur vie a forcément basculé. Le moindre de leur geste, sur le terrain comme en-dehors, sera désormais épié. Et jugé. Qu’ils le veuillent ou non, les 23 joueurs de Didier Deschamps doivent désormais assumer un nouveau statut, selon Jean Griffet, professeur à l’Université de Marseille, auteur d’une sociologie du sport et membre de l’Institut des sciences du mouvement (qui inclut les sciences sociales). Au premier dérapage – verbal, comportemental, civique, fiscal… – l’opinion ne les loupera pas. 

A travers son discours, le président Macron ne fait-il pas porter aux joueurs le poids de l’exemplarité, alors qu’ils ne l’ont jamais réclamé ? 

 
 
 

Oui. Mais il faut comprendre d’où vient ce devoir. Je pense que la phrase de Macron est en accord avec ce qui se joue dans de telles circonstances, quand une équipe remporte la Coupe du monde. Il y a demande d’exemplarité car ces joueurs sont l’incarnation du modèle républicain. Toute la puissance de ces icônes – icônes, car il y a une part de sacré dans leur image – est d’ailleurs liée à ce que représente ce modèle républicain. 

C’est-à-dire ? 

D’après ce modèle, ce qui règle la vie collective est le principe d’égalité et la méritocratie. Dans l’idéal républicain, tout le monde accepte la règle qui stipule que les personnes entrent en concurrence dans des conditions d’égalité. Il en va de même du sport. Quand on joue au foot, on part sur la même ligne. Les chances de réussite sont identiques, à l’origine. Le sport, c’est un affrontement qui est réglé et dont l’enjeu, est la victoire dans le respect des règles du jeu. Tous les coups ne sont pas permis. Il est inconcevable que les conditions devant la règle ne soient pas respectées. Tous les gens sont égaux, mais ceux qui se détachent sont ceux qui donnent plus que les autres. La distribution des honneurs, des récompenses, des gratifications symboliques sont à la mesure de l’investissement de chacun. Et d’ailleurs, quand on demande à Deschamps ses premiers mots, il conclut par ‘Vive la République’, pas ‘Vive la France’. 

 

 

L’Express