Leukocratie: Pierre Vermeren«Pourquoi la vie intellectuelle est si affaiblie en France, où elle rayonna longtemps»(sic)

«Pourquoi la vie intellectuelle est si affaiblie en France, où elle rayonna longtemps»

TRIBUNE – Au pays de Montaigne, Pascal, Tocqueville, Michelet, Marc Bloch, Claude Lévi-Strauss, Raymond Aron et François Furet, la vie de l’esprit n’occupe plus la place centrale qui était la sienne voilà encore trente ans, se désole Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris- I Panthéon-Sorbonne*.

Parmi les sujets de prédilection qui nourrissent nos échanges publics et privés, on relèvera «le charme discret de l’intestin», «les personnalités toxiques», la sexualité ou les origines ethniques de tout un chacun, mâtinés de considérations psychologiques. Émissions de radio et polémiques médiatiques, livres à succès, réseaux sociaux, articles des magazines et experts autoproclamés en témoignent, les préoccupations de nos contemporains sont descendues de quelques étages.

En un demi-siècle, nous sommes passés de la quête des fins dernières et des philosophies de l’histoire, religieuses ou politiques, bref, d’une réflexion sur le sens de notre brève existence terrestre, à des préoccupations à court rayon d’action, le corps et ses humeurs. La bagatelle serait devenue l’alpha et l’oméga de la vie en société, et la conscience minoritaire se serait imposée en déterminant essentiel de nos existences. Le vent qui souffle très fort en provenance des universités nord-américaines nous impose, quarante