Leukocratie, Neandertalisme : Neanderthal, grand singe arrièré décrit maintenant comme “un être avec des émotions et pouvant penser” (Màj: selon des études blanches, 4% du patrimoine génétique blanc-péen vient de néandertal)

Sourire aux lèvres et posture affirmée, Kinga trône dans l’une des salles du musée de l’Homme. Cette petite rousse plutôt trapue, habillée pour l’occasion d’un cardigan bleu, d’un pantalon et de baskets blanches, est néandertalienne.
La statue, œuvre de la paléo-artiste Elisabeth Daynès exposée dans le cadre de l’exposition Néandertal à Paris jusqu’au 7 janvier 2019, donne à voir un humain et non pas une bête comme on aurait pu l’imaginer. Ces dernières années, une succession de découvertes scientifiques tend à réduire le fossé entre nous autres, Homos sapiens, et notre lointain cousin Homo neanderthalensis, disparu il y a 35 000 ans, après avoir occupé une grande partie de l’Eurasie.

Nos deux sous-espèces y auraient cohabité plusieurs milliers d’années. Malgré des divergences biologiques et culturelles, Sapiens et Néandertal auraient d’ailleurs eu une descendance viable. A tel point que ce dernier serait encore un peu présent en nous. «Nous avons découvert que les Eurasiens d’aujourd’hui possèdent encore entre 1 et 3 % d’ADN néandertalien. Sachant que chacun a hérité de gènes différents, nous sommes en mesure de reconstituer près de 50 % du génome total de Néandertal», explique le biologiste Svante Pääbo, responsable du département de génétique à l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig (Allemagne).

Une petite bombe dans le monde scientifique, pour qui cette «présence néandertalienne» dans notre ADN pourrait expliquer des prédispositions à avoir des caillots sanguins, être diabétiques ou déprimés. Concrètement, cette hybridation entre les deux sous-espèces du genre Homo pousse surtout à réaffirmer la place de Néandertal dans l’humanité. L’exposition qui lui est consacrée a déjà émerveillé 117 000 visiteurs parisiens, et prendra la route de Montpellier début 2019. Elle déroute, chamboule nos préjugés. Et on s’interroge : et si, par magie, des Néandertaliens étaient amenés à réapparaître demain, dans quelle mesure parviendraient-ils à s’adapter à notre société moderne ? Libération a demandé à des spécialistes de se prêter au jeu de cette uchronie au travers de quatre situations de la vie quotidienne.

Pourrait-on croiser Néandertal au cours de crossfit ?

Il en aurait bien besoin pour s’acclimater à notre mode de vie. Habitué à vivre dans la nature, Néandertal reste à ce jour l’hominidé le plus robuste que la Terre ait connu. Il était trapu et mesurait en moyenne 1,61 m pour 72 kilos. Fort de ses muscles, il serait naturellement bien meilleur que nous pour soulever de la fonte. «Il faudrait créer des compétitions sportives spécialement taillées pour lui», s’amuse le chercheur au CNRS Ludovic Slimak, spécialiste des sociétés néandertaliennes.

Les Néandertaliens brûlaient 5 000 kilocalories par jour, soit l’équivalent d’un coureur du Tour de France sur une étape, contre seulement 2 000 en moyenne pour un homme d’aujourd’hui. «Physiquement, nous ne ferions pas le poids face aux Néandertaliens. Ils n’avaient pas tous le gabarit du judoka Teddy Riner, mais ils nous mettraient quand même en charpie», relève Jean-Jacques Hublin, titulaire de la chaire d’anthropologie au Collège de France. Leurs muscles étaient si puissants qu’ils exerçaient une pression sur leurs os et les courbaient. Résultat : les Néandertaliens avaient des bras et des jambes plus courts que nous. «Leur locomotion leur est donc plus coûteuse que la nôtre pour nous. Cela dit, elle ne constituerait pas un handicap dans la vie quotidienne», assure le préhistorien Pascal Depaepe, commissaire scientifique de l’exposition du musée de l’Homme. Ainsi, notre lointain cousin pourrait, à notre image, emprunter le métro ou louer un appartement au cinquième étage sans ascenseur…

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