Leukocratie: « Logique de copinage » et « pouvoir sans partage » : le sport français hors de contrôle

 La marmite du sport français chauffe à gros bouillons depuis toujours, ses administrateurs confortablement assis sur le couvercle ; il fallait des athlètes pour le faire sauter. Le témoignage d’anciennes patineuses sur les violences sexuelles subies dans leur adolescence n’a pas seulement mis au jour le comportement prédateur de certains entraîneurs et libéré la parole des sportives, dont les signalements accablants affluent.

Il a aussi illustré la stupéfiante capacité des fédérations, du comité national olympique (CNOSF) et du ministère des sports à ignorer les problèmes et récompenser ceux qui tenaient bien fermé le couvercle. C’est tombé sur la Fédération française des sports de glace (FFSG) ; il n’y avait pas de cible plus évidente.

L’actuelle FFSG, en dépit de l’engagement des bénévoles qui la font vivre, incarne les maux du sport officiel en France. Un président jaloux de son autonomie, élu pour la première fois il y a vingt-deux ans, reconduit sans opposition pour un sixième mandat en 2018, tenant courtes les brides d’une direction technique nationale aux ordres et d’un bureau exécutif où les dissidences sont tues. Les scandales n’y purent rien, la dégradation des résultats, du nombre de licenciés et de l’intérêt porté au patinage non plus : Didier Gailhaguet, pensait-on, incarnerait la FFSG quelques années de plus. Après tout, à 66 ans, l’ancien patineur fait presque office de jeune premier sur la photo de famille : un tiers des présidents de fédérations olympiques sont des hommes de plus de 70 ans.

La FFSG illustre aussi le décalage entre la diversité des pratiquants et l’uniformité des dirigeants. Dans cette fédération dont plus de 85 % des licenciées sont des femmes, 14 des 16 membres du bureau exécutif sont des hommes – qui occupent les six postes principaux. La quasi-totalité des fédérations respectent les quotas de femmes dans les conseils fédéraux mais, dans les bureaux exécutifs qui dirigent réellement la fédération, les hommes prennent presque toute la place, comme aux postes-clés de trésorier ou secrétaire général. L’exemple venant d’en haut, le bureau exécutif du CNOSF compte 25 % de femmes, et aucune aux responsabilités.

 

Le Monde.fr