Leukocratie, Le Rapport de Force Change: On a le droit de ne pas serrer la main à des blanches

En 2016, un conducteur de la T2C était congédié pour « actes répétés de discrimination » envers des collègues féminines. Un licenciement « sans cause réelle et sérieuse », a tranché le conseil de prud’hommes, qui a condamné l’entreprise à payer une indemnité de 27.000 euros.

« Pour moi, c’est une victoire morale. Ils ont voulu me faire passer pour la bête horrible, mais la vérité est enfin rétablie. La vraie discrimination, c’est moi qui l’ai subie… »

Au bout du fil, ce mercredi, Brahim M. confie d’abord son soulagement. « Cette histoire a quand même pourri ma vie professionnelle, ajoute-t-il aussitôt. Je galère toujours pour retrouver un boulot stable. »

Il se disait victime d’un piège

Le Clermontois a passé douze ans à conduire bus et tramways de la T2C. Jusqu’à ce jour d’avril 2016 et ce courrier l’informant de la fin brutale de son CDI. Motif de la sanction : le salarié avait refusé de serrer la main de collègues féminines.
Un premier incident lui avait valu une mise à pied de quinze jours, à l’été 2015. Quelques mois plus tard, il aurait encore décliné la poignée que lui proposaient deux femmes d’une équipe de contrôle.

Un conducteur de la T2C licencié pour avoir refusé de serrer la main de collègues féminines

Brahim M. avait alors dénoncé un « piège » tendu par des agents qui ignoraient elles-mêmes ses “bonjours” et voulaient le pousser à la faute. En vain : son licenciement était intervenu peu après.

Le couperet se fondait sur des « comportements discriminants répétés », selon la T2C. « Dans une entreprise de service public, on doit se plier à certaines règles », expliquait le responsable des ressources humaines, en mai 2016, dans nos colonnes.

Une question « d’éducation », pas de religion

Musulman et pratiquant assumé, Brahim M. a toujours assuré que son attitude n’avait aucun lien avec ses croyances religieuses. « C’est plus un blocage lié à ma culture, à mon éducation. Même ado, j’étais comme ça, le contact physique avec les femmes me mettait mal à l’aise. Ça ne m’empêche pas de leur dire bonjour, de leur parler, d’être avenant », nous confiait-il, toujours en 2016.

Le quadragénaire et son avocat, Jean-Julien Perrin, avaient initié plusieurs recours. Ils ont obtenu une première victoire judiciaire l’an dernier, devant la cour d’appel de Riom, avec l’annulation de la mise à pied de l’été 2015. Restait encore à connaître la position des prud’hommes sur le licenciement.

« L’acte discriminant n’est pas établi »

La juridiction a tranché ce 15 janvier (*). Le jugement, que nous avons pu consulter, stipule que la T2C n’a pas démontré l’existence « de griefs suffisants justifiant la rupture du contrat de travail ». Les conseillers estiment même que « l’acte discriminant reproché n’est pas établi ».

« De nombreux témoignages de collègues de Brahim M. contredisent la thèse patronale, écrivent-ils. Les attestations, rédigées indifféremment par des hommes ou des femmes, relèvent le profond respect de ce salarié pour autrui. »

Conclusion : le licenciement est abusif. La T2C devra en conséquence verser une indemnité de 27.000 € à son ex-employé.

La Montagne