Leukocratie, Blanchiment: Panos Kammenos ministre grec de la défense veut acheter des frégates à DCNS (Rappel: La grèce est endettée à hauteur de 235% de son PIB)

La scène est cocasse : au cours d’une conférence donnée à l’académie navale du Pirée (le port d’Athènes) le 6 décembre, le ministre grec de la Défense, Panos Kammenos, a annoncé qu’il fera appel aux dons des particuliers pour financer l’achat de nouveaux navires pour sa marine de guerre.
Dans le contexte des tensions croissantes avec la Turquie, notamment autour des îles grecques les plus proches de la côte turque, cette modernisation de la flotte de surface est cruciale. «  Je serai le premier à faire don de mon salaire pour cet effort  », a promis le ministre, le jour de la Saint-Nicolas, saint-patron de la marine grecque. «  Nous avons aujourd’hui besoin des grands donateurs et mécènes du pays  », a-t-il déclaré. L’objectif : «  financer l’acquisition de frégates et d’un navire amiral  », a-t-il encore expliqué.

Le choix des Grecs se porterait sur des navires français construits par Naval Group (ex-DCNS). «  Nous en parlons très régulièrement avec nos partenaires grecs  », confirme le cabinet de la ministre des Armées, à Paris, sans préciser quel type de navire est évoqué. Même réponse du côté de Naval Group, qui concède prudemment que «  des discussions sont en cours  ». En fait, les tractations n’ont jamais cessé depuis 2009, date des premiers échanges bilatéraux sur le sujet. Même aux pires moments de la crise de la dette grecque, l’industriel français a maintenu actif son bureau d’Athènes.

Si la frégate multimissions (Fremm) avait un temps été évoquée, les discussions porteraient aujourd’hui exclusivement sur la nouvelle frégate de taille intermédiaire (FTI), un navire ultramoderne, sorte de «  frégate numérisée » avec un équipage restreint, ou de «  Fremm compacte  » comme la décrit la marine nationale française. D’ailleurs, mi-novembre, Naval Group a reçu une délégation de journalistes grecs pour leur présenter… la FTI. Et en a profité pour leur montrer sa torpille lourde F21, qu’il espère bien exporter aussi dans le pays.

Athènes veut aussi le missile de croisière naval

Dotée des mêmes types d’équipements que sa grande sœur la Fremm (à l’exception du radar Seafire, plus moderne sur la FTI), la FTI a l’avantage d’être bien moins chère. Athènes voudrait s’en procurer quatre : deux fabriquées en France et deux fabriquées en Grèce. La piste du leasing (location avec option d’achat au bout d’une certaine durée, NDLR), évoquée un temps pour des Fremm comme l’avait révélé La Tribune, a été écartée au profit d’un achat plus traditionnel.

Les discussions en cours ne se limitent pas aux navires : les amiraux grecs veulent aussi acheter le Graal, ou presque : le missile de croisière naval (MdCN, fabriqué par MBDA, qui n’a pas souhaité faire de commentaire). L’acquisition de cet armement hautement stratégique, que la France a testé pour la première fois lors de l’opération Hamilton en Syrie en avril 2018 (avec un succès mitigé, comme souvent lors d’un premier emploi), serait un coup de maître pour Athènes face à Ankara. La Pologne est en négociation pour l’obtenir aussi, mais avec des sous-marins français Scorpène.

Une première livraison possible dès 2024

Certes, les FTI commandées par la France ne seront pas équipées du MdCN, sauf changement de doctrine. Mais la capacité avait bien été prévue par Naval Group, dans la soute à missiles, à l’avant du navire : l’industriel peut donc proposer sans gros surcoût de développement une version export adaptée à la demande grecque. «  Dans son argumentaire de vente, Naval Group insiste sur la modularité de son navire et sur la possibilité de rajouter des lanceurs  » pour le MdCN, nous confie un proche du dossier.

Côté calendrier, les FTI grecques pourraient être intégrées au planning de livraison des FTI françaises sans les retarder, car «  les chantiers de Lorient ne tournent pas à plein régime avec la seule commande française  », nous confie une autre source sous couvert d’anonymat. La première FTI, dont la livraison est prévue en 2023 à la marine nationale, pourrait donc être suivie dès 2024 par une FTI grecque… si les discussions aboutissent.

Le Point