Leukocratie, Blanchiment: Laurent Mouchard, directeur de LIbération, mis en examen pour Travail au blanc

Un forum très (trop) rémunérateur de Libération au Gabon

Tout début avril 2019, la rédaction de Libération votait à 77% une motion de défiance contre sa direction. Elle réclamait aussi d’ici fin juin la nomination d’un administrateur pouvant la représenter dans les instances de direction du groupe qui décide de la gestion du journal, le groupe Altice de Patrick Drahi. Pierre Fraidenbach a démissionné de ses fonctions à la chaine BFM Business et Laurent Joffrin est sur la sellette. Récit d’un scandale qui touche aussi les autorités gabonaises.

Libération au pays de l’or noir

Cette paraphrase d’un album de Tintin pourrait résumer l’affaire. Quelques mois après la prise de contrôle de Patrick Drahi à l’été 2015, le quotidien organise les 9 et 10 octobre 2015 un forum à Libreville au Gabon, petit pays riche en pétrole. Ali Bongo, qui a succédé à son père en 2009, veut redorer son blason et organiser une rutilante opération de communication avec le concours de Libération.

Même si une majorité de journalistes sont hostiles à l’opération, la direction leur fait comprendre que si cette manifestation n’a pas lieu, il faudra faire des économies de personnel, autrement dit peut-être devoir se séparer de quelques collaborateurs. Dit gentiment…

Pierre Fraidenraich à la manœuvre

Côté Libé, on peut supposer avec l’assentiment au moins passif de Laurent Joffrin (qui participe aux débats, source Lettre A du 27 mars 2019), c’est Fraidenraich alors directeur opérationnel du quotidien qui organise. Mais pas tout seul, avec les services très actifs de la présidence gabonaise. Citons la Lettre A :

Les services de la présidence gabonaise, alors chapeautés par le tout-puissant directeur de cabinet Maixent Accrombessi, s’étaient activement investis dans la préparation du forum … côté Libération, l’organisateur du forum, Pierre Fraidenraich, était alors associé en affaires avec Évelyne Diatta-Accrombessi, épouse de Maixent Accrombessi ». Fraidenraich « avait travaillé au lancement de la chaîne de télévision panafricaine Edan, fondée et dirigée par Évelyne Diatta-Accrombessi. La société Dinojo SAS (détenue par la famille Fraidenraich) était devenue actionnaire de la chaîne en janvier 2015 (…) Formellement, la chaîne est détenue par une société britannique, domiciliée jusqu’en 2017 dans les bureaux londoniens du cabinet Mossack Fonseca, au centre de l’affaire des Panama Papers. Edan était aussi présente à Paris et a loué pendant deux ans (2016-2017) le dernier étage du siège d’Europe 1, rue François 1er… Maixent Accrombessi a, lui, quitté le cabinet d’Ali Bongo en 2016. Fin 2017, il a été mis en examen en France pour “corruption passive d’agent public étranger”, “blanchiment en bande organisée de corruption passive” et “faux et usage de faux”. Il est soupçonné d’avoir perçu des commissions du fabricant français d’uniformes militaires Marck ».

Fraidenraich a confirmé être entendu comme témoin et a précisé que sa société ne détenait que 5% d’Edan en échange de conseils et qu’il n’a jamais reçu de revenus de cette société.

Le pays de l’or noir blanchit-il trop blanc ?

Un signalement de Tracfin a révélé d’étranges flux financiers autour du Forum. Ce ne sont pas moins de 3.5M€ qui ont été réglés par les autorités gabonaises pour les services du journal, à la stupéfaction de la rédaction qui l’apprend quatre ans plus tard. Laurent Joffrin a déclaré avoir vaguement entendu parler du contrat sans être vraiment au courant.

Sur ces 3,5 M€ le quotidien n’a perçu que 450 K€, la différence soit 3 M€ ayant été versés à la société mère « pour combler le déficit du journal ». Plus joli, une commission supérieure à 400 K€ aurait été versée à une certaine Nadine Diatta, la belle-sœur de Maixent Accrombessi, l’associé de Fraidrenraich (voir supra). C’est bien connu, l’argent – même celui du pétrole – n’a pas d’odeur.

Ojim

Rappel 29/03/2019

La rédaction de Libération a passé l’après-midi du mercredi 27 mars en assemblée générale. Et, fait exceptionnel, Laurent Joffrin, le directeur de la publication, n’a pas publié sa chronique quotidienne. Cette réunion de crise a été convoquée après la révélation, le matin même, par La Lettre A, de l’existence d’une enquête préliminaire du parquet national financier portant sur des mouvements de fonds liés à l’organisation par le quotidien d’un forum au Gabon, en 2015.

Selon la lettre spécialisée, M. Joffrin et l’ancien directeur opérationnel Pierre Fraidenraich, qui a démissionné jeudi, après ces révélations, de son poste de directeur général de la chaîne BFM Business, ont été entendus par les enquêteurs. Ces derniers, affirme une source proche du dossier, travaillent sur des pistes d’éventuels faits de blanchiments, de surfacturations et de détournements de fonds.

La rédaction de Libération a passé l’après-midi du mercredi 27 mars en assemblée générale. Et, fait exceptionnel, Laurent Joffrin, le directeur de la publication, n’a pas publié sa chronique quotidienne. Cette réunion de crise a été convoquée après la révélation, le matin même, par La Lettre A, de l’existence d’une enquête préliminaire du parquet national financier portant sur des mouvements de fonds liés à l’organisation par le quotidien d’un forum au Gabon, en 2015.

Selon la lettre spécialisée, M. Joffrin et l’ancien directeur opérationnel Pierre Fraidenraich, qui a démissionné jeudi, après ces révélations, de son poste de directeur général de la chaîne BFM Business, ont été entendus par les enquêteurs. Ces derniers, affirme une source proche du dossier, travaillent sur des pistes d’éventuels faits de blanchiments, de surfacturations et de détournements de fonds.

Le Monde