Leukocratie: Andrea Camilleri : « La majorité des Italiens ont adoré Mussolini, et cette volonté d’obéissance n’a jamais disparu »(sic)

Quelques semaines avant sa disparition, le grand écrivain sicilien Andrea Camilleri a accordé au Monde » un entretien, dans son appartement romain, situé en face d’un studio d’enregistrement de la RAI.
L’occasion d’évoquer son œuvre, mais aussi sa popularité intacte dans un pays de plus en plus acquis aux idées du ministre de l’intérieur, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite).

Lire la nécrologie : Mort d’Andrea Camilleri, père du « giallo », le polar à l’italienne

Vous ne voyez plus depuis plusieurs années. Comment cela a-t-il changé votre travail ?

Andrea Camilleri : Je savais que j’allais perdre la vue peu à peu. J’ai eu un très bon chirurgien qui m’a donné trois années de lumière de plus. Puis, inévitablement, c’est arrivé. Alors, pour continuer à écrire, j’ai dû apprendre à dicter, et surtout, à bien me souvenir de ce que j’avais dit. Quand on écrit, on garde près de soi le souvenir de ce qu’on a à peine imaginé, les détails. Soudain, je n’ai plus eu ce secours, mais il me suffit parfois de dire : « S’il vous plaît pourriez-vous répéter la dernière phrase ? », et je m’y retrouve.

J’ai une jeune femme qui travaille avec moi depuis maintenant dix-huit ans. Elle a parfaitement assimilé ma façon d’écrire. Ce qui n’est pas facile, vu que j’emploie un mélange d’italien classique et de dialecte sicilien. Elle n’est même pas sicilienne – elle est de Pescara [dans les Abruzzes] –, pourtant elle connaît parfaitement ma langue.

On travaille ensemble, et très bien, le matin. Comme ça, nous avons écrit trois romans du commissaire Montalbano, et un autre livre. L’après-midi, en revanche, c’est différent. Si je veux travailler, je dois le faire avec une de mes petites-filles. Du coup, je change de langue, et passe à l’italien. Alors je quitte Montalbano et j’avance sur

Le Monde