Leukocratie: 2018, l’année blanche d’Emmanuel Macron.

Ou comment le président de la République est passé de “maître des horloges” à rameur de l’Elysée.

L’érosion était limitée, mais elle disait déjà quelque chose. À la fin du mois de janvier 2018, l’institut de sondage Ifop publiait son baromètre mensuel dans les colonnes du Journal du Dimanche. Après une remontée lente mais constante fin 2017 dans les sondages – cas de figure presque inédit pour un début de mandat présidentiel en France -, Emmanuel Macron perdait deux points de popularité. Recueillant tout juste 50% d’opinions satisfaites le 20 janvier, le chef de l’État entame alors sans le savoir une chute inexorable, qui ira de mal en pis tout au long de l’année 2018. 

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À l’époque, l’Ifop invoque déjà les problèmes de pouvoir d’achat des Français comme explication sous-jacente à cette baisse. Un diagnostic que le pouvoir macroniste aura vu se confirmer, dans la douleur et le désarroi, onze mois plus tard. 

– Les graines de la colère : zadistes et étudiants maîtrisés

Les premiers mois sont marqués par des actes d’autorité. À la suite de l’annonce, par le Premier ministre Édouard Philippe, de l’annulation de la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement se prépare à déloger les personnes installées dans la ZAD, la fameuse “zone à défendre”. Il choisit la méthode forte, privilégiant des “expulsions” à une simple “évacuation” et déployant jusqu’à 2500 gendarmes. Après plusieurs jours de mobilisation, certains d’entre eux craignent ouvertement un “enlisement” de la situation. Plusieurs dizaines de squats sont démontés, malgré la résistance des zadistes. 

Très vite, d’autres événements font l’actualité. Des étudiants en colère (pour certains politisés) bloquent les universités, quelques semaines avant le cinquantenaire de Mai-68. Celle de Tolbiac, à Paris, est retrouvée saccagée après un siège de plusieurs jours. Dans la foulée, les manifestations du 1er-Mai sont marquées par les violences commises par 1200 “Black blocs” dans la capitale. La même semaine, une manifestation intitulée “La fête à Macron” est organisée, sous la houlette de La France insoumise, en particulier le député-journaliste François Ruffin. L’affluence est toutefois inférieure à ce qu’espéraient les troupes de Jean-Luc Mélenchon. 

– Macron tente la modestie : il “ne peut pas tout”

Lorsqu’il fête sa première année à l’Élysée, Emmanuel Macron préserve son socle. Si une étude du Cevipof recense 55% d’opinions négatives sur son bilan, ses électeurs du premier tour de l’élection présidentielle gardent confiance. Dans le baromètre Ifop-Fiducial, le chef de l’État reste stable autour de 45% de sondés satisfaits de sa politique. 

Mais alors que l’équipe de France de football fait des miracles en Russie, le locataire de l’Élysée sait qu’une grogne sourde monte. Que ses petites phrases (le “pognon de dingue”, les gens “qui ne sont rien”), soupçonnées d’être l’expression d’un mépris de classe, commencent à exaspérer. Que les résultats économiques et sociaux se font encore attendre, notamment par les classes moyennes et populaires. Lors de sa deuxième allocution devant le Parlement réuni en Congrès, le 9 juillet, Emmanuel Macron concède qu’il ne “[peut] pas tout”, qu’il ne “[réussit] pas tout”. 

L’Express.fr