Le Rapport de Force Change: : Des Leukocrates bloqués à l’étranger : «Nous sommes rejetés par les locaux, tels des pestiférés»(sic)

130.000 Français sont coincés à l’étranger en raison de l’épidémie de coronavirus. Entre fermetures de frontières et annulations de vols, la situation sur place se corse pour les voyageurs. Le témoignage de trois d’entre eux.

MarocTunisiePérou, Cambodge, Vietnam… Ces derniers jours, de nombreux pays ont suspendu leurs liaisons aériennes avec la France, l’un des pays les plus touchés par le virus en Europe, derrière l’Italie et l’Espagne. Les Français qui étaient en vacances dans les pays concernés se retrouvent bloqués et doivent faire face à des ambassades muettes, des compagnies aériennes injoignables et des soutiens quasi inexistants.

« Il faut qu’ils fassent preuve de sang-froid et de patience », a déclaré ce matin, vendredi 20 mars, le ministre des Affaires étrangères au micro de France Info. En raison de l’épidémie de Covid-19, Jean-Yves Le Drian a assuré que 130.000 Français étaient encore coincés à l’étranger. « Nous voulons les faire rentrer, ils le souhaitent et ils ont raison de le souhaiter », a ajouté le ministre.

Première chose à faire : s’inscrire sur le site Ariane, qui relie les Français à l’étranger aux instances représentatives et permet d’être contacté par la cellule de crise du ministère. « Nous avons aussi mis en place une cartographie aéroport par aéroport, pays par pays, consulat par consulat pour identifier le nombre de Français demandant à rentrer », a ajouté le ministre, avant d’assurer que des vols commerciaux spéciaux seraient mis en place dans les prochains jours, en accord avec les pays concernés. Selon les chiffres du comparateur Algofly, 85% des billets d’avion encore vendus sont destinés au rapatriement de voyageurs.

Pour l’heure, les places sont encore trop rares, les prix s’envolent et les Français ne sont pas toujours bien reçus, car vus comme une menace potentielle pour la population. Le Figaro a échangé avec trois d’entre eux.

«Certains se couvrent la bouche à notre passage», Manon, 25 ans, éducatrice spécialisée, au Cambodge depuis le 14 mars

« On a envisagé de reporter notre voyage mais il n’y avait aucune négociation possible avec Singapore Airlines sur notre vol au départ de Zürich. Par ailleurs, ce n’était pas si compliqué en France quand nous sommes parties le 4 mars. Nous devions découvrir le Vietnam mais comme la situation se détériorait, nous sommes venues au Cambodge par voie terrestre [avant la fermeture de la frontière].

Depuis notre arrivée le 14 mars à Phnom Penh, on a vu les sites touristiques fermer petit à petit. Les Cambodgiens semblent aussi plus méfiants à notre égard : certains se couvrent la bouche à notre passage. C’est dur à vivre. On veut regagner la France parce que c’était censé être un voyage d’un mois et que nous n’avons pas les moyens d’assumer nos charges fixes en France et les dépenses qui s’accumuleraient ici. En raison du système de santé aussi, parce qu’on sait que les hôpitaux ici ne sont pas les mêmes qu’en France. Et être chez nous dans des périodes difficiles comme ça, il n’y a rien de plus rassurant.

Le 17 mars, le Cambodge a cessé d’accueillir les visiteurs arrivant de France ou y ayant séjourné et refuse de leur délivrer des visas. Je pense que l’annonce du président disant que les Français souhaitant rentrer pourraient le faire était un peu simpliste. Dans la réalité, c’est beaucoup plus difficile. Notre vol du 31 mars est maintenu mais on ne peut pas embarquer parce que l’escale à Singapour est devenue très compliquée (le Cambodge ne dispose pas de ligne directe avec la France, l’escale est donc obligatoire, NDLR). Le prix de certains billets s’élève à 4 000 euros, trop cher pour beaucoup de voyageurs. On a fini par réserver un vol le 20 mars avec escale à Dubaï sur Emirates. Est-ce qu’on va pouvoir le prendre ? On l’espère.

Le Figaro