jugé pour avoir brûlé vive sa compagne Ghylaine B(Màj: «il voulait seulement lui faire peur», Qu’en Pense Lydia Guirous ?)

Ce lundi, au troisième jour du procès de Christophe J. pour le meurtre de sa compagne Ghylaine B., l’émotion a plusieurs fois envahi la salle dans laquelle siège la cour d’assises de Nanterre. Dès la reprise de l’audience, la cour est directement entrée dans le vif du sujet avec la diffusion de l’enregistrement vidéo de l’audition informelle de la fille du couple. Unique témoin du drame du 22 septembre 2017, la petite Camille* a été entendue par les policiers quelques jours plus tard, alors qu’elle était hospitalisée.

Mais le son de la vidéo de 18 minutes est de qualité très médiocre, ce qui oblige le président à lire la retranscription des propos de la petite fille. Le terrible récit de Camille résonne donc deux fois de suite. «C’était le soir. Vu que Maman avait trouvé un autre amoureux, mon père était fou furieux. Mon papa a dit à ma maman : ”Je vais te tuer”. Il a mis Maman à terre, il l’a tapée beaucoup de fois. J’ai dit ”arrête” à mon papa, mais il n’a pas arrêté. Il a sorti une bouteille de gaz jaune, il a dévissé le bouchon, il l’a renversée sur ma maman. Après il y avait le feu chez moi et ma maman est morte.»

 

«J’ai tenté de me suicider»

La version du père de l’enfant, interrogé l’après-midi, est loin d’être aussi claire. «J’ai tenté de me suicider, et du coup malheureusement c’est tombé sur Ghylaine qui ne s’en est pas sortie», déclare Christophe J. Pendant plus d’une heure et demie, le président tente par mille questions de comprendre ce qui s’est passé le soir du drame. L’accusé hésite, balbutie, admet du bout des lèvres qu’il a «perdu le contrôle», frappé Ghylaine B., versé de l’essence dans son appartement et utilisé un briquet, mais nie toujours avoir intentionnellement mis le feu à sa compagne.

Ce n’est que lorsque la parole revient aux autres parties que Christophe J., souvent en larmes, se livre enfin un peu. Il explique qu’après avoir appris que sa compagne avait un amant et allait le quitter, il ne parvenait plus à trouver le sommeil. «Je ne dormais plus depuis 20 jours, j’étais dans un état de démence, je n’étais pas maître totalement de mes actes. L’être humain n’est pas fait pour ne pas dormir»«Je me fous de votre sommeil, monsieur», s’emporte alors Me Fabien Arakelian, le conseil des parties civiles. «Celui de Ghylaine est éternel !».

 

Offensif, l’avocat tente tout, lui aussi, pour faire avouer l’accusé. Y compris lire deux pages du journal intime de Camille : «Maman, tu me manques. Est-ce que je te manque ? Tu as juste à me répondre dans mes rêves. Maman, j’ai fait de mon mieux pour que Papa ne te tue pas mais il l’a fait. Je ne comprends pas pourquoi. Je t’aime, j’espère que tu te souviendras de moi», avant de signer : «Moi, fille d’un meurtrier». Dans le box, Christophe J. est en larmes. «Je ne voulais pas. Je voulais faire peur à Ghylaine pour qu’elle ne parte pas avec Camille mais j’ai jamais eu l’intention de lui faire du mal».

Camille «va plutôt bien malgré ce qu’elle a vécu»

Cette troisième journée a également été l’occasion d’entendre pour la première fois à la barre la sœur de la victime, qui a recueilli chez elle la petite Camille et a créé une association des familles de féminicide. Devant la cour, Sandrine B., dont émane une incroyable force, raconte sa sœur, «petite dernière d’une famille de quatre» avec laquelle elle entretenait «une relation fusionnelle»«Elle était là quand j’ai accouché de mon premier fils, et elle en est devenue la marraine»«Monsieur J.» – elle ne l’appelle que comme cela – est quant à lui le parrain de son deuxième fils.

 

Sandrine B. décrit aussi le quotidien de sa nièce. «Camille est scolarisée dans l’école de mon deuxième fils. Elle a eu un peu de mal à s’intégrer au début, mais maintenant, elle a plein d’amis. Elle est en CM1, elle travaille très bien. Elle va à la piscine le samedi, voit un psychologue le mardi, et a rendez-vous avec un pédopsychiatre un jeudi par mois. Elle va plutôt bien malgré ce qu’elle a vécu ; elle est vive et rigolote, même si elle a parfois des coups de blues, lors de la fête des mères notamment. Jusqu’il y a peu, elle voyait régulièrement sa famille paternelle, mais elle a demandé à arrêter jusqu’au procès.»

L’ambiance se tend alors dans la salle, occupée à droite par la famille J. et à gauche par la famille B. Invité à s’exprimer sur l’arrêt des visites de Camille à sa famille paternelle, l’accusé fait part de son «incompréhension»«J’ai eu beaucoup de dessins, de lettres, de mots d’amour de la part de Camille. Ma fille me dit qu’elle espère qu’on se verra bientôt, qu’elle m’aime, que je lui manque et que je suis le meilleur papa du monde.» Des déclarations qui font bondir l’avocate de Camille. «Le meilleur papa du monde, vous pensez ?», l’interroge Me Isabelle Gracia. «Avant le drame, oui», bafouille Christophe J.

Lefigaro.fr

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Christophe J., qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, nie avoir eu l’intention de tuer Ghylaine B. le soir du 22 septembre 2017.
«Papa a voulu suicider Maman.»Ces mots d’enfant, terribles, quatre habitants du Plessis-Robison (Hauts-de-Seine) les ont reçus en plein visage, le soir du drame qui a coûté la vie à Ghylaine B. Lorsqu’ils ont enfoncé la porte de l’appartement où vivait la vendeuse en boulangerie, Camille*, la fille de cette dernière, s’en est échappée en courant. «Papa a brûlé Maman avec du “gaz jaune”» parce qu’elle «voulait partir avec son amant», a aussi déclaré la fillette de sept ans aux voisins venus à son secours.

Un peu plus de deux ans après ces événements, le mari de Ghylaine B. et père de Camille, Christophe J., est jugé par la cour d’assises des Hauts-de-Seine de jeudi 9 janvier au mercredi 15 janvier – si la grève actuelle ne conduit pas à un report du procès. L’ancien technicien prototypiste chez Zodiac Aerospace encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour «meurtre sur conjoint», au titre de l’article 221-4 du Code pénal. Il est placé en détention provisoire depuis janvier 2018, après avoir passé plusieurs mois à l’hôpital.

 

Brûlée à 92%

Le 22 septembre 2017, Christophe J. a en effet été brûlé à plus de 70%. Sa compagne, elle, a été transportée à l’hôpital avec des brûlures couvrant 92% de sa surface corporelle, avant de décéder deux jours plus tard des suites de ses blessures. Si l’accusé a toujours nié avoir voulu tuer la victime, tout en variant dans ses déclarations sur les circonstances du drame, l’enquête a permis d’établir que Ghylaine B. avait été aspergée d’essence, puis qu’un briquet avait été à l’origine du départ de l’incendie.

Le quadragénaire a toutefois reconnu que le conflit qui a éclaté ce soir-là entre lui et sa conjointe était lié à la décision de cette dernière de le quitter pour vivre avec son amant. Il avait d’ailleurs reçu un SMS anonyme l’informant de l’infidélité de sa compagne. Ce message, qui se révélera provenir d’un des amis du mis en cause, a suscité un affolement total chez Christophe J. «Je vais me foutre en l’air, je vais cramer l’appartement, […] je ne suis plus rien sans elle», a-t-il écrit ainsi à sa belle-sœur.

 

«Une peur panique d’être quitté»

Décrit par ses proches comme «fou amoureux» de Ghylaine B., mais aussi comme «possessif» et «jaloux», Christophe J. présentait «une forte dépendance affective à l’égard de sa compagne, marquée par une possessivité exacerbée, avec une peur panique d’être quitté», note une expertise psychiatrique. Le psychiatre conclut par ailleurs à «un trouble dépressif sévère» chez cet homme dont le discernement n’était, selon lui, ni altéré, ni aboli au moment des faits.

Le Figaro