Gangstaro-Blanchissme: Le Voyou Jean Christophe Davy(blanc de peau NDLR) abattu d’une balle en pleine tête à Marbella

Soleil de plomb, restaurants de poissons frits, marinas et yachts à perte de vue, la vie est douce sur la Costa del Sol pour qui a les moyens.
Mais le climat peut, très vite, se révéler irrespirable alors que des trafiquants de tous poils et de toutes nationalités sont venus y trouver refuge depuis une trentaine d’années. Mais pas pour y couler une douce retraite. La proximité du Maroc a fait de ce coin d’Espagne un « hub » incontournable pour le trafic de résine de cannabis et, plus récemment, de cocaïne. Tous les grossistes s’y donnent rendez-vous. Et, comme dans toutes les affaires, il y a parfois des « conflits commerciaux ».

 
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Une vingtaine de gangsters français ont ainsi perdu la vie en Espagne, à l’instar du Lyonnais Jacques Grangeon, abattu au fusil-mitrailleur à Marbella en 1996, ou du Nantais « Pti Alain » Coelier, assassiné plus au nord, près de Benidorm, en 2010.

Est-ce son passé de trafiquant qui a rattrapé le Parisien Jean-Raymond Davy, 58 ans, le 20 novembre, devant chez lui, rue Pizarra, dans un quartier chic de Marbella ? Un tueur à moto attendait le quinquagénaire. Il ne lui a laissé aucune chance. Le Français a été exécuté au moment où il entrait dans le garage de sa villa. Il a été criblé d’une vingtaine de balles, notamment à la tête et au ventre. L’arme du crime, un fusil d’assaut kalachnikov, a été retrouvée à proximité.

Lycée privé et études de droit

Installé depuis plusieurs années en Espagne avec femme et enfant, Jean-Raymond Davy aurait confié à ses proches, quelque temps avant son assassinat, se « sentir menacé ». Sans être une tête d’affiche du milieu, Jean-Raymond Davy, alias « JR », n’en était pas moins un de ses représentants historiques, lui qui a trafiqué la came – à commencer par l’héroïne – dès les années 1980. Au point de s’y perdre.

Rien ne prédestinait pourtant ce garçon de bonne famille à basculer dans la délinquance. Né à Juvisy, dans l’Essonne, « issu d’un milieu aisé, il reçoit une excellente éducation », soulignera, bien plus tard, un magistrat qui a eu à se pencher sur son cas. Pensionnaire d’un lycée privé religieux, il décroche son bac en 1978, puis s’inscrit à la faculté… de droit ! Mais Davy va rapidement en « délaisser les bancs » pour se lancer dans le « milieu automobile ». En 1981, il ouvre un garage à Paris, dans le 11e arrondissement, avec un ami. Seulement, il va être « amené à rendre quelques services douteux qui vont le mener devant les tribunaux », poursuit le même magistrat. Il connaît alors plusieurs périodes d’addiction à l’héroïne – dont la consommation explose – et fraye avec des voyous du gang de la banlieue sud, la fameuse BS.

Cavale

C’est ainsi que, durant l’été 1982, le jeune homme est arrêté à Genève, en Suisse, alors qu’il négocie des bijoux volés auprès de leurs propriétaires légitimes, un couple de Mexicains. L’automne précédent, ces derniers s’étaient fait dérober une bague ornée d’un diamant de 45 carats, parmi les plus purs au monde selon la presse de l’époque, mais aussi un collier en or et pierres précieuses ainsi qu’une montre en or. Le couple, qui séjournait dans la suite 242 du Ritz place Vendôme, avait reçu « la visite » de deux hommes armés de revolvers. En quelques minutes, les victimes s’étaient retrouvées ficelées et délestées de leurs valeurs. L’affaire avait fait grand bruit. Finalement, policiers et magistrats ne pourront pas impliquer Davy dans ce braquage et il ne sera jamais condamné.

En revanche, six ans plus tard, en 1988, lui qui fait l’objet d’un intérêt assidu des services spécialisés dans la lutte contre le grand banditisme tombe dans le cadre d’une enquête menée par le juge d’instruction Jean-Michel Hayat, l’actuel président du tribunal de grande instance de Paris. La PJ démantèle un « très important » trafic de stups, de l’héroïne de très grande qualité et du haschisch. Jean-Raymond Davy est alors présenté comme la « tête » du réseau, avec son ami Jean-Claude D., un pilier du gang de la BS. Direction la prison. Mais pas pour longtemps. À peine quatre mois plus tard, « JR » et son associé, écroués à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy (Yvelines), se font la malle en se cachant dans un camion de livraison. En cavale, le trafiquant bénéficie même de la levée de son mandat d’arrêt : un avocat a mis au jour des vices de procédure dans des écoutes téléphoniques.

Davy sera finalement rattrapé en 1993 alors qu’il s’apprête à livrer, à moto, 25 kilos de résine de cannabis en Seine-Saint-Denis. S’ensuivent deux condamnations à dix et douze ans de prison à Paris et à Versailles. Remis en liberté, Jean-Raymond Davy, décrit par les experts psys comme « intelligent », ne parvient cependant pas à décrocher. Fin 1996, l’office des stups retrouve sa trace en Espagne, où il « recrute » des skippers pour barrer un voilier, aux cales bourrées de drogue, afin d’assurer la traversée entre le Maroc et les côtes ibériques.

Note confidentielle sur l’enquête de 1996.

 

Ses associés ? les futurs suspects du braquage de Kim Kardashian

Sur des écoutes, « JR » apparaît « très soucieux » du bateau et de son équipage, « mais également de son bénéfice personnel », relèveront les magistrats français. Ses camarades de trafic ? Un certain « Doudou » Yahiaoui, futur cerveau du double casse de la bijouterie Harry Winston en 2007 et en 2008, avenue Montaigne dans le « triangle d’or » parisien, dont le butin s’est élevé à 100 millions d’euros. Apparaît également Christine Glotin, surnommée « Cathy », mise en examen dans l’enquête, toujours en cours, sur le braquage de Kim Kardashian, la star américaine de télé-réalité, rue Tronchet à Paris, en 2016. Un autre mis en examen dans ce même vol, Pierrot Bouianère, alias « le Gros Pierrot », vieil ami de « Cathy », faisait aussi partie du réseau de trafiquants de cannabis démantelé en 1996 par l’office anti-stups. À l’époque, l’équipe est soupçonnée d’acheminer rien moins qu’une cargaison de 1,5 tonne de shit depuis les côtes du royaume chérifien. Toujours à distance du voilier, chargé à ras bord, mais en liaison constante avec ses skippers via un téléphone satellitaire, « JR » ne pourra échapper à son arrestation. Près de 50 000 francs sont retrouvés chez lui, cachés dans un coussin, ainsi qu’une comptabilité occulte. L’enquête sur ce réseau sera une des premières grosses affaires d’importation de cannabis vers la France et la région parisienne, bien avant que les « équipes de cités » n’exploitent ce juteux filon.

En février 2000, la cour d’assises spéciale des Hauts-de-Seine condamne Jean-Raymond Davy à six ans de prison aux côtés de Doudou Yahiaoui, Cathy Glotin et Pierrot Bouianère. Sa peine purgée, il a ensuite disparu des radars des policiers français, même si, selon Europe 1, il était suspecté de se livrer encore au trafic de stups avant son assassinat. Après être passé de l’héroïne au cannabis, Jean-Raymond Davy aurait investi, toujours selon la radio, dans la coke. Un ultime « business » qui lui a, peut-être, coûté la vie.

Le Point