Gangstaro-Blanchisme: Un kiosquier des Champs-Elysées «J’ai eu la chance de m’en sortir»

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N IMAGES – Théâtre de nombreux affrontements entre forces de l’ordre et casseurs, la célèbre avenue parisienne portait dimanche 17 mars les stigmates du 18e samedi de mobilisation des «gilets jaunes». Parmi les victimes, les kiosques à journaux ont été visés pour la première fois.

Encore un réveil difficile pour la plus belle avenue du monde. Dimanche matin 17 mars, au lendemain de manifestations marquées par de fortes violences, les Champs-Elysées étaient le théâtre d’un triple mouvement. Des badauds venus pour constater les dégâts et prendre des photos souvenirs y côtoyaient les commerçants, groggys, qui réparaient leurs locaux. En face, des agents de nettoyage balayaient pour redonner aux Champs leurs ors mondialement connus.

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Symbole de cette violence qui s’est déchaînée sur l’avenue durant plusieurs heures, des tags trônent sur les façades: «un riche à la moutarde SVP», «A nos pieds, vos têtes rouleront», «Nous sommes légion, vous êtes des pions, faites attention», «Le pillage, c’est trop bien, c’est bien mieux que le turbin».

A proximité de l'Apple Store des Champs-Elysées. Crédit photo: WGB/Le Figaro

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Les actions violentes ont été légion samedi 16 mars. Parmi les établissements touchés, l’emblématique brasserie Le Fouquet’s a été attaquée par des dizaines d’hommes en noir, son auvent brûlé. De nombreuses boutiques ont été pillées: les chocolats de la boutique Jeff de Bruges, volés, étaient distribués par des «gilets jaunes» hilares, quand les enseignes Samsung, Lacoste, Hugo Boss, Zara ou Disney ont été endommagées. Des feux ont aussi été allumés face aux restaurantx Ladurée et Léon de Bruxelles ou dans la boutique Longchamp.

Ce dimanche matin, sur les Champs-Elysées. Crédit photo: WGB/Le Figaro

Le Comité Champs-Elysées, qui représente les commerçants de l’avenue, a dénoncé dans un communiqué la «mise en danger de la vie d’autrui et la mise à mal des commerces». «Ces violences répétées mettent à mal l’outil de travail de milliers de personnes», ajoute l’organisation, qui demande à être reçue à Matignon pour «que des réponses politiques soient apportées» à la «banalisation des violences» opérées en marge des manifestations. Au total, 80 enseignes ont été touchées, selon le président du Comité, Jean-Noël Reinhardt.

Les kiosquiers, victimes collatérales de la violence

Les boutiques ne sont toutefois pas les seules à déplorer des pertes. Ce samedi, pour la première fois depuis le début du mouvement, les manifestants s’en sont pris aux kiosques à journaux des Champs-Elysées. Cinq d’entre eux ont été détruits, quatre autres ont été lourdement endommagés et leur inventaire incendié. Figures notables de l’avenue, les kiosquiers de l’avenue n’ont pu que constater les dégâts ce dimanche.

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L’un d’eux s’appelle José Russo. «Grande gueule», selon ses propres mots, il est vendeur dans plusieurs kiosques à journaux des Champs-Elysées depuis 14 ans. Licencié fin 2018 par l’un de ses employeurs – «Raisons économiques: les «gilets jaunes» ont fait chuter notre chiffre d’affaires…» -, José avait vite retrouvé un poste mais vient de voir, samedi, son instrument de travail partir en fumée. Littéralement. «J’ai fermé mon kiosque à midi, quand j’ai vu que des gens violents arrivaient. Quelques minutes après, ils y ont mis le feu», raconte-t-il. Etaient-ils des «gilets jaunes»? «Il y avait de tout, j’ai vu une escouade débarquer en insultant Paris, des casseurs, des mecs en noir mêlés à des manifestants portant le gilet. J’ai eu de la chance de m’en sortir», souffle-t-il.

A l'intérieur d'un kiosque incendié, sur les Champs. Crédit photo: WGB/Le Figaro

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Aujourd’hui, José Russo est inquiet. Pour son avenir, d’une part, et pour celui de son pays d’autre part. «Il y a un problème de gestion de la sécurité, le gouvernement doit être plus ferme», s’insurge le kiosquier. Pour lui, les «gilets jaunes» portent également leur part de responsabilité dans cette montée en puissance de la violence, en refusant de condamner les casseurs: «Au sein du mouvement, certains cautionnent ces actes et en sont même ravis», gronde-t-il.

Surtout, l’homme ne comprend pas pourquoi les kiosques ont été ciblés par des casseurs généralement prompts à s’attaquer aux multinationales comme Apple ou Renault. «Je ne suis pas riche, je travaille comme un fou pour gagner 900 euros par mois, pourquoi s’en prendre à un petit commerçant comme moi? Je suis salarié, je galère!», s’exclame-t-il. Deux pistes sont avancées par le kiosquier: soit une volonté des manifestants de s’en prendre à la presse, vendue par ses soins aux passants ; soit un appétit insatiable de destruction.

La tension n’était d’ailleurs pas totalement retombée ce dimanche matin. Quelques minutes avant notre rencontre, José, qui discutait avec un groupe de journalistes, a été pris à partie par un homme à vélo. «Vive les «gilets jaunes», la France en jaune est belle!», lui a lancé l’homme. Les deux individus ont failli en venir aux mains. Le kiosquier raconte également que l’un de ses amis lui a dit sur Facebook qu’il était la «victime collatérale» d’une violence somme toute nécessaire. «Si les ‘gilets jaunes’ continuent, ça va mal se passer», avertit José, dépité.