Gangstaro-Blanchisme: Procès de la mère de Sérena qui a elevé sa fille dans une voiture

Maria-Rosa Da Cruz, 50 ans, comparaît devant la cour d’assises de Tulle pour avoir dissimulé son quatrième enfant aux yeux de tous pendant près de deux ans. La mère du «bébé du coffre» encourt vingt ans de prison.

À partir de ce lundi et jusqu’à la semaine prochaine, la cour d’assises de Tulle (Corrèze) sera au centre de toutes les attentions. Médias locaux et nationaux sont attendus en nombre pour le procès d’une affaire qui «défie l’imagination» et qui a bouleversé l’opinion publique à l’automne 2013: celle du bébé retrouvé dans un coffre de voiture près de Brive-la-Gaillarde.

Le 25 octobre 2013, Maria-Rosa Da Cruz, une mère de famille de 45 ans vivant à Brignac-la-Plaine (Corrèze), apporte sa voiture dans un garage de Terrasson-Lavilledieu (Dordogne). Intrigués par des «bruits bizarres», un salarié du garage, Guillaume Iguacel, demande à son collègue Denis Latour d’ouvrir le coffre pendant qu’il «occupe» la cliente. Les deux salariés découvrent alors avec stupeur et effroi un bébé dans un couffin.

«Complètement dénudée», baignant «dans son urine», la petite fille est «en train d’agoniser», raconte Guillaume Iguacel à France Bleu, soulignant qu’il y avait «une odeur de mort dans cette voiture». «Quand la mère a pris le bébé, c’était comme une momie, la tête, les bras, les jambes, tout tombait, c’était vraiment affreux», abonde Denis Latour.

«Je me suis enfermée dans un mensonge»

Les parents de l’enfant sont placés en garde à vue puis mis en examen. L’enquête montre rapidement que Maria-Rosa Da Cruz a accouché en secret fin novembre 2011, puis a dissimulé pendant près de deux ans la petite fille – qu’elle a appelée Serena – aux yeux de ses trois autres enfants et de son mari. Ce dernier, qui clame n’avoir jamais rien su de l’existence de Serena, bénéficie d’ailleurs d’un non-lieu au début de l’année 2018.

L’avocate de la mère de famille, Me Chrystèle Chassagne-Delpech, estime qu’«on est complètement dans un déni de grossesse». «Le jour de l’accouchement je n’ai rien dit à personne, le lendemain non plus, le troisième jour non plus. Je me suis enfermée dans un mensonge, un gouffre…», témoigne Maria-Rosa Da Cruz dans l’émission «Sept à Huit» en novembre 2013.

» LIRE AUSSI – La mère du «bébé dans le coffre» témoigne

La quadragénaire affirme qu’elle plaçait Serena dans le coffre de sa voiture quand elle sortait, mais que le reste du temps, l’enfant vivait dans une pièce «où personne ne se rendait». «Je ne l’ai jamais maltraitée, je ne pouvais pas m’en occuper comme je me suis occupée de mes trois premiers enfants, mais j’ai essayé de la maintenir en vie», raconte-t-elle, toujours dans «Sept à Huit».

La mère encourt vingt ans de prison

D’abord seulement passible du tribunal correctionnel, la mère est finalement jugée ces jours-ci devant la cour d’assises en raison du caractère «permanent» des séquelles de Serena. En 2016, une expertise demandée par l’association Innocence en Danger, qui sera partie civile au procès, a en effet établi un «lien causal direct» entre les «maltraitances» subies durant les deux premières années de sa vie et son «syndrome autistique» actuel.

Placée sous contrôle judiciaire, Maria-Rosa Da Cruz encourt vingt ans de réclusion criminelle pour «violence suivie de mutilation ou infirmité permanente sur mineur de 15 ans par ascendant», «privation de soins ou d’aliments compromettant la santé d’un enfant par ascendant» et «dissimulation ayant entraîné atteinte à l’état-civil d’un enfant».

Quant à Serena, elle est aujourd’hui âgée de presque sept ans et vit dans une famille d’accueil en Corrèze. «Elle marche, elle court dans la nature, elle fait du vélo, elle aime faire beaucoup de vélo», précise à l’AFP une source proche du dossier. «Mais elle ne supporte pas d’être enfermée. Et si vous essayez de lui parler, elle ne vous “calcule” pas. Elle émet des sons, mais ne parle pas».

 

Le Figaro