Gangstaro-Blanchisme: Les membres des Gilets Blancs(groupe ultra-radical Blanchiste)s’identifienau cris de “Ahou, Ahou, Ahou”

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Faut-il vraiment voir dans le “Ahou” entonné par les “gilets jaunes” depuis le mois de novembre le signe d’une infiltration par l’extrême-droite ou plutôt la marque d’une culture commune qui réchauffe et qui ramifie du côté des stades de foot ou du péplum “300” ?

A Paris, fresque du collectif d'artistes Black Lines
A Paris, fresque du collectif d’artistes Black Lines Crédits : Joël SagetAFP

Vous avez peut-être entendu rebondir un cri lors d’une des journées d’action depuis le début du mouvement des “gilets jaunes” ? Si vous ne le connaissiez pas, sachez que c’est “Ahou ! Ahou ! Ahou !” qu’on crie dans les cortèges. S’il vous semble familier, êtes-vous certain d’en connaître toute l’origine ?

Les amateurs de foot parieront peut-être sur des racines footballistiques qui iraient puiser du côté du Rhône, dans l’antre de l’Olympique Lyonnais (OL). Et c’est vrai que, sur le pavé (celui des Champs-Elysées comme ailleurs), le “Ahou” est souvent repris par les “gilets jaunes” au rythme du même clapping (grosso modo, taper dans les mains en rythme, pour ceux qui s’interrogent) que celui qu’on entend résonner au stade à Lyon.

En réalité, ce “Ahou” footballistique et son clapping sont déjà une importation. A l’échelle hexagonale, on pourrait la dater du milieu des années 2010 si l’on en juge par le nombre d’articles ou de vidéos qui se mettent soudain à décrypter le “Ahou” des supporters de la sélection nationale d’Islande durant l’Euro 2016. Ce serait à cette occasion que le “Ahou” se serait vraiment disséminé partout en France, où l’Euro se déroulait cette année-là. 

Sauf qu’en 2016, le “Ahou” fait déjà quasiment office d’hymne maison à l’OL, et, bras levés, il inonde par exemple ces images filmées à Gerland un soir de match OL – PSG, le 13 avril 2014 :

Aujourd’hui, “AHOU !” s’accroche en toutes lettres sur une bonne partie des objets vendus à la boutique du club (14,99 euros pour “l’écharpe Ahou” aux couleurs de l’OL, rubrique “supporters” sur la boutique en ligne). 

Fanion "Ahou" vendu à la boutique de l'Olympique Lyonnais
Fanion “Ahou” vendu à la boutique de l’Olympique Lyonnais Crédits : OL

Ce brame galvanisateur est devenu à peu près unitaire au Parc OL (on dit aujourd’hui “Groupama Stadium”). Mais historiquement, il est plutôt amarré virage Nord, et à un groupe de supporters en particulier : les Bad Gones. Il n’a rien de confidentiel dans le champ footballistique puisqu’en février 2016, Lyon Mag annonçait à la veille d’un match de championnat :

Et pour monter un peu plus encore leurs mécontentements, les Bad Gones ne feront pas le traditionnel “Ahou” d’avant-match ce mercredi pour la réception de Bordeaux. Car, selon eux, “ce chant guerrier, les joueurs doivent le mériter”.

“Chant guerrier”, car la notoriété du “Ahou” auprès des “gilets jaunes” ne doit pas tout aux performances footballistiques des joueurs de l’OL (troisième de Ligue 1 après la 23ème journée cette saison). Si les Bad Gones en ont fait leur cri, c’est parce qu’un film l’avait popularisé : 300. Rien à voir avec le ballon rond, c’est à Sparte que Zack Snyder, le réalisateur de 300, a ancré son péplum tendance blockbuster sorti en 2006. Son film revisite l’histoire grecque et en particulier l’épisode de la bataille des Thermopyles (480 av. J-C pour ceux qui voudraient réviser). Résumé au pas de course, c’est l’histoire de l’impérialisme des Perses de Xerxès qui tentent d’envahir Sparte, où le roi Léonidas et trois cents valeureux guerriers résistent. 

France Culture