Gangstaro-Blanchisme: Face au confinement, la clandestinité s’organise dans les campagnes

Les mesures de confinement annoncées par le président de la République lundi 16 mars doivent avoir vocation à empêcher la propagation du coronavirus et assurer à la fois la protection des plus faibles.

Des mesures coercitives sont envisagées pour assurer le respect du confinement, rendant les déplacements exceptionnels. Cette atteinte aux libertés publiques, même justifiée, risque de produire les effets inverses de ceux attendus.

Dans les campagnes, un refus de mesures liberticides

Dès mardi matin, l’annonce des mesures de confinement a fait l’objet de toutes les conversations dans certaines communes rurales. Celles-ci commençaient notamment au café PMU. Un certain nombre d’établissements concernés par l’interdiction d’ouvrir ont poursuivi leur activité, jouant sur l’ambiguïté de leur multiple activité. On pouvait donc retrouver des Français attablés comme à l’accoutumée.

Les conversations portaient sur les annonces formulées la veille. Celles-ci faisaient l’objet d’un rejet unanime de la part des clients clandestins des estaminets. On pouvait notamment entendre que l’ampleur prise par le coronavirus était un «enfumage» organisé par l’Élysée pour cacher les vrais problèmes des Français d’une part et une défaite attendue au premier tour des municipales d’autre part. On pouvait ouïr une condamnation de mesures délibérément prises pour tuer la liberté des braves gens. Il n’était pas rare d’entendre «si je veux sortir, je le fais».

Ces mêmes conversations dans des lieux de rassemblement clandestins raillaient l’efficacité des laissez-passer qui devront être présentés aux forces de l’ordre en cas de contrôle. On pouvait entendre que nombre de nos concitoyens entendaient plaider l’ignorance en cas de contrôle ou prétendraient avoir ne pas savoir comment se procurer le fameux sésame, sans parler de ceux qui diraient l’avoir oublié ou perdu.

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D’autres encore raillaient le fait que celui-ci ne soit qu’une déclaration sur l’honneur n’engageant strictement en rien. Les mêmes contrevenants putatifs envisageaient de se montrer créatifs quant au contenu du laissez-passer. Là, deux types de pratiques étaient envisagés. La première consisterait à laisser l’adresse en blanc et la modifier en inscrivant celle de l’endroit le plus proche où on se trouverait irrégulièrement pour invoquer un motif valable de se trouver à cet endroit. La deuxième pratique envisagée serait de cocher un motif acceptable pour une sortie exceptionnelle pour faire tout autre chose et retrouver des amis.

Eviter les patrouilles

Dans ces mêmes campagnes où les forces de l’ordre sont peu nombreuses, les groupes d’amis ont commencé à s’informer mutuellement des heures de sortie et des points de contrôles de gendarmerie. L’objectif reste de les éviter. On évite alors les sorties aux heures et sur les lieux où les forces de l’ordre patrouillent. En revanche, une fois celles-ci parties, des rassemblements plus ou moins nombreux reprennent. Certains jouent tranquillement à la pétanque sur le terrain de boules de la commune. D’autres vont boire un verre chez des amis. 

Les invitations à dîner les uns chez les autres continuent d’être lancées via des boucles WhatsApp ou Telegram. On pouvait voir mardi soir par certaines fenêtres aux volets ouverts des tablées de dix personnes, comme si de rien n’était.

Cette clandestinité s’organise dans certains départements ruraux hostiles au pouvoir, terreaux de “gilets jaunes” depuis 2018. Si les contrôles opérés sur les cafés illégalement ouverts ont pu finalement avoir lieu et des sanctions être prises, il est tout à fait envisageable que la clandestinité s’organise plus avant, jusqu’à l’ouverture d’établissements clandestins, connus seulement des frères d’armes des mouvements contestataires, sur le même modèle que les salles de jeux clandestines. Ces lieux confinés accueilleront du public en nombre et faisant fi des distances de sécurité entre les personnes.

Un confinement efficace sous conditions

Les mesures de confinement annoncées ne peuvent être efficaces qu’à trois conditions. La première est que la population s’y plie effectivement, faisant acte de civisme. Le “Gaulois réfractaire” n’est pas connu pour son civisme, mais plutôt pour son esprit de contestation. L’héritage de la Résistance fait que le Gaulois réfractaire, dans certaines campagnes, aime jouer de la clandestinité. On pourra donc peu compter sur le civisme a priori.

La deuxième condition est que les contrôles doivent être effectifs et systématiques. Pour l’heure, si les effectifs de police sont suffisants dans les villes où le confinement est certes subi mais plutôt accepté, rien n’est moins sûr dans les territoires ruraux et les petites communes. Si les contrôles sont peu nombreux, il y a de fortes chances que la clandestinité qui a commencé dès mardi matin s’amplifie.

 

Les Echos