Gangstaro-Blanchisme: Alain Delon raconte sa passion pour le crime

Dans une interview au « Monde », l’acteur revient sur une période méconnue de sa vie, quand, après l’armée, il débarque à Pigalle, entouré de voyous.

À quoi tient parfois une carrière de cinéma ? Alain Delon aurait pu mal tourner. En 1956, il a 21 ans et revient d’Indochine, sans idée précise sur son avenir. Il s’était engagé pour cinq ans dans la marine sur un coup de tête pour échapper au métier de charcutier, mais s’est fait virer au bout de trois ans et trois mois, comme il le raconte dans une interview-fleuve accordée au journal Le Monde . « J’ai dû quitter l’armée après avoir fait des conneries. Je suis un cas rare, RDSF (renvoyé dans ses foyers), tellement j’ai emmerdé le monde. » Il reconnaît avoir notamment versé une larme quand il a fêté ses 20 ans dans une prison militaire, à 20 000 kilomètres de sa famille. « Ce n’est pas au cinéma que je commence à apprendre à tenir une arme », confie-t-il au quotidien.

Que faire à son retour ? « Je pense que je vais mourir dans peu de temps, car je suis un voyou, explique-t-il au Monde. J’en ai la mentalité. J’habite à Pigalle avec un copain, dans un hôtel qui m’a marqué. L’hôtel Régina. (…) Il y a un bar à côté de mon hôtel, un bar de voyous, Les Trois Canards. Au bout d’un ou deux mois, j’ai huit jeunes filles qui sont amoureuses de moi et qui veulent travailler pour moi. Si le cinéma n’arrivait pas là-dessus, je serais où aujourd’hui ? J’ai des femmes dans un certain quartier de Paris et je dois devenir un maquereau. Mais, comme j’ai aussi des femmes dans un autre quartier de Paris, je deviens une star. »

“Ce sont les femmes qui me veulent, me font, me donnent tout”

Ces autres femmes sont des actrices, qui vont peu à peu aider le jeune fauve à mettre le pied à l’étrier, notamment la comédienne Brigitte Auber, premier grand amour de Delon. « Un jour, mon copain me propose d’aller faire un tour à Saint Germain-des-Prés. Je lui demande : Mais c’est quoi, Saint Germain-des-Prés ? Il m’y emmène, rue Saint-Benoît, dans un hôtel du même nom. On me présente une femme, Zizi, qui est morte depuis. Elle tombe amoureuse de moi. Je la sors de son hôtel et je l’emmène dans la boîte de nuit juste en face de la rue Saint-Benoît, où vont tous les acteurs. »

C’est alors qu’il fait la connaissance de Brigitte Auber, sept ans de plus que lui, une vedette de l’époque depuis qu’elle a tourné dans La Main au collet d’Alfred Hitchcock. Il déménage chez elle, dans son petit appartement du 15e arrondissement, où il vit comme un pacha et profite de son carnet d’adresses. C’est par son intermédiaire qu’il fait notamment la connaissance du réalisateur Yves Allégret… et de sa femme. « L’épouse du cinéaste, Michèle Cordoue, tombe dingue de moi, poursuit Delon dans Le Monde. Et elle dit à son mari qu’il faut me prendre pour le film qu’il prépare, Quand la femme s’en mêle. Voilà comment je commence dans le cinéma. » Et d’ajouter : « Je tombe dans ce métier grâce à des femmes. Ce sont elles qui me font faire du cinéma. Ce sont les femmes qui me veulent, me font, me donnent tout, des femmes tombées amoureuses de moi. »

Alors qu’il n’a jamais vraiment suivi de cours, il va très vite imposer sa gueule d’ange dans le 7e art. Yves Allégret lui donne un seul conseil, qu’il suivra toute sa vie : « Ne joue pas, je veux que tu vives. Sois toi. » Et Delon de conclure : « Je suis un accident. Ma vie est un accident. Ma carrière est un accident. »

Le Point