Effondrement de l’Etat Italien

La police contre la marine nationale, l’exécutif en conflit avec le pouvoir judiciaire, des ministres qui se contredisent et le président de la République contraint de sortir de sa réserve pour éviter ce que la conférence épiscopale italienne appelle « une prise d’otages » : à lui tout seul, Matteo Salvini est arrivé à dresser les uns contre les autres pratiquement tous les organes de l’État italien.

La crise a débuté le 8 juillet lorsque le remorqueur Vos Thalassa, un navire privé travaillant pour une compagnie pétrolière au large des côtes libyennes, recueille 67 migrants, dont l’embarcation de fortune était en train de couler. Conformément aux instructions des gardes-côtes italiens, le Vos Thalassa vire vers le Sud pour reconduire les immigrés dans un port libyen. Mais à bord, les migrants qui ont passé des nombreux mois dans les prisons des trafiquants – une jeune femme y a été torturée et amputée d’un doigt – refusent ce retour à l’enfer.

À bord, le ton monte. Une mutinerie, comme laisse entendre Matteo Salvini ? L’enquête de la magistrature récusera cette version et les ONG qui ont accueilli 4 jours plus tard les migrants évoquent des scènes de désespoir et la menace de certains d’entre eux de se jeter à l’eau. Néanmoins, le capitaine du Vos Thalassa invoque le secours de la marine militaire italienne et, le 9 juillet, les migrants sont transférés sur la Diciotti, une unité de la marine. La Diciotti prend alors, comme le veut la réglementation lorsque le bateau qui a prêté secours bat pavillon italien, la direction du port de Trapani, en Sicile.

Une unité de la marine nationale bloquée… dans un port italien

C’est à ce moment-là qu’intervient Matteo Salvini. « Je veux voir descendre les meneurs de la révolte les menottes aux mains. Sans ça, j’interdis à tous les migrants de mettre pied à terre. » Des inspecteurs sont envoyés par le ministre de l’Intérieur à bord de la Diciotti. Et lorsque le navire arrive jeudi sur les quais de Trapani, la police interdit le débarquement des migrants. Panique à bord du gouvernement. C’est le ministre des Infrastructures, Danino Toninelli, dont dépend l’ouverture ou la fermeture des ports, qui a dirigé le Diciotti vers Trapani. Et la ministre des Armées doit prendre acte que, contre sa volonté, une unité de la marine nationale est bloquée dans un port transalpin par le ministre de l’Intérieur. Marins de la royale italienne et policiers déployés sur les quais se regardent en chiens de faïence

Le Point