Braconnisme: Un braconnier assassine un cochon (sic), 400 euros d’amende

Il s’appelait « Bigorno » et il avait 6 mois. Dans les champs du lieu-dit « Siouvres », à Saint-Savin, sa vie de cochon asiatique improvisée au milieu des bovins avait brutalement pris fin le 26 novembre 2017 au matin. Un coup de fusil de chasse entre les deux yeux.

Du calibre 12. Un trou de plus de 2 centimètres et cinquante plombs dans la tête. A l’autre bout de l’arme, Philippe, 50 ans, poursuivi devant le tribunal correctionnel de Poitiers, hier, pour « sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique ».
“ Le prévenu a tiré à bout portant… ” « Il a été facile de remonter jusqu’à vous, a débuté le président Callen. Les gendarmes ont demandé au maire de Saint-Savin, c’est votre frère. »
« J’avais avoué au président de l’ACCA », a répondu Philippe. A l’époque, il avait immédiatement compris « avoir fait une connerie ». Selon ce brocanteur au casier judiciaire vierge, qui a arrêté la chasse depuis, le cochon lui fonçait dessus.
« Comment avez-vous pu confondre ce petit cochon avec un sanglier ? » l’interroge le magistrat.
« Je me suis retourné et j’ai tiré au jugé. »
« Moi, ça fait 40 ans que je chasse et je n’ai jamais tiré au jugé… »
Kelly, la propriétaire de « Bigorno » s’avance. Près d’un an après les faits, elle a toujours les larmes aux yeux.
« Je l’avais depuis 4 mois, il s’était enfui mais il était peureux… Je savais qu’il était en danger. » Son avocate reprend : « Ma cliente est toujours aussi marquée, choquée. Ce cochon n’était pas en danger, le prévenu a tiré à bout portant… »
Le procureur de la République a requis 500 € d’amende en constatant le fondement de la poursuite pour acte de cruauté : « Non seulement on sait faire la différence entre un marcassin et un cochon asiatique quand on est chasseur, mais il a tiré en direction d’un champ. Et il n’a pas pris en charge le cochon blessé. »
L’avocate de Philippe s’agace : « Ce petit cochon allait d’un champ à un autre. A aucun moment, il n’a cru que c’était un animal domestique. Et pour lui, quand il est parti, il était mort. Les torts sont partagés. Pour moi, l’infraction n’est pas constituée. Je demande la relaxe. »
Embusqué dans les fourrées de ses expériences de chasse, le président Callen ne s’est pas laissé attendrir : « Je ne partage pas cette analyse juridique. » Le chasseur a été reconnu coupable des faits reprochés. Il a été condamné à une amende de 400 €. Il devra également verser 486 € de préjudice matériel à la propriétaire Kelly, plus 200 € de préjudice moral ainsi que 600 € pour ses frais d’avocat. Le SPA, qui demandait 2.000 € de dommages et intérêts, s’est vu accorder l’euro symbolique.

Nouvelle Republique