Belgique, Leukodécadence: Clarrisse femme (MonsieurDame), professeur(sans blague…) explique sa transition…

n mai dernier, on a pu suivre dans « le Parisien », la difficile transition d’un enseignant devenue enseignante. Au collège de la Grange-du-Bois de Savigny-le-Temple, une commune de Seine-et-Marne, à 30 kilomètres de Paris, la situation a dégénéré.

La vie de l’enseignante de français, soutenue par la direction, est devenue infernale : des insultes transphobes et des menaces sur les réseaux sociaux au point qu’un service d’ordre a été contraint d’assurer sa sécurité. Contactée par Rue89, l’enseignante n’a jamais répondu à nos sollicitations. Comment se passent les transitions au sein de l’Education nationale ?

En France, à notre connaissance, personne n’a témoigné publiquement de sa transition en milieu scolaire (dans le « Guardian », on trouve ce témoignage d’un prof non-binaire). C’est la raison pour laquelle le livre « Homme un jour, femme toujours » de Clarisse (La Boîte à Pandore, octobre 2018), enseignante et transgenre belge, nous a intéressés. Dans le chapitre IX, « Ma transition à l’école », elle raconte une expérience globalement positive.

Septième dan

Il a fallu attendre quelques jours pour avoir Clarisse au téléphone. Quand nous l’avons appelée, la première fois, elle était au championnat d’Europe de karaté, au Portugal, où elle coachait l’équipe nationale belge. Une semaine plus tard, un lundi matin, dans une salle de cours vide, la conversation redémarre sur sa passion sportive. « Cela a été intéressant de faire ma transition dans un monde sous domination masculine », dit-elle.

Clarisse, qui était David il y a trois ans, pratique cet art martial depuis trente-huit ans. Elle est septième dan. En tant que prof de karaté, elle s’émeut encore de voir des hommes en kimono et ceinture noire écouter religieusement une femme trans. « C’est une victoire. » Et c’est aussi une victoire d’avoir pu continuer à donner ses cours de karaté à des enfants de 4 à 12 ans.

« Au moment de ma transition, j’ai eu très peur que des parents les retirent du club. Je n’en ai perdu que deux. »

Clarisse présente sa transidentité en quelques mots :

« Depuis ma plus tendre enfance, j’ai le souvenir d’avoir été dans la mauvaise enveloppe. Enfant, j’étais en perpétuelle communication avec ma maman. Mon père, qui travaillait dans le bâtiment, était parti au boulot quand je me levais, ce qui n’a rien arrangé… Je me souviens que je me faisais engueuler parce que je prenais le rôle de la mère dans les jeux d’enfant. A l’adolescence, la puberté fut fort pénible. La douceur des traits disparaissait. Je ne voulais pas de poils. J’étais jalouse des filles parce qu’elles pouvaient faire ceci ou cela, alors que mon zizi m’en empêchait. Jusqu’à la transition finale, cela a été une souffrance. »

Etre enfin soi-même

La transition finale a eu lieu à 44 ans.

« Mais je n’ai pas attendu cet âge pour mettre des talons et des jupes. Pendant vingt-cinq ans, j’ai juste vécu comme une maquisarde. Ce n’était pas évident. Puis un jour, j’en ai eu ras le bol et une excitation est montée d’être enfin soi-même. »

Parmi ses proches, la transition est bien passée. « On sent que c’est toi, on a oublié qui tu étais avant », disent ses amis. Dans ces moments-là, ils vont chercher des vieilles photos ensemble « pour essayer de se souvenir de qui était David » (un homme avec des chemises Desigual). Mais son couple, lui, n’a pas tenu. David s’est marié à 20 ans avec une femme.

« Avec mon ex-compagne, on s’est séparés parce qu’elle n’a pas voulu vivre avec une femme, ce que je comprends. Je n’aurais peut-être pas dû l’embarquer dans cette histoire, quand nous étions jeunes. Mais avec des si… », dit-elle.

David n’a jamais été attiré par les hommes. Pas plus depuis qu’elle est Clarisse. « Il faut le dire et le redire encore : le genre n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. »

Clarisse

Clarisse

Les élèves du marketing

A l’école, pour amorcer sa transition, David a commencé à mettre des vêtements de plus en plus féminins : des pantalons serrés, des tuniques, des foulards. Mais, à sa grande surprise, cela n’a perturbé personne. A cette époque, l’enseignant a pourtant déjà « une poche B » de poitrine grâce à un traitement hormonal artisanal (la pilule Diane 35). Mais tant que rien n’est dit, le regard des gens ne change pas. Les collègues de dix ans ne vous regardent plus vraiment, ils utilisent leur mémoire des formes.

Mais en mars 2015, il y a quatre ans, avec le début de son traitement hormonal (léger), la transition s’accélère. Les masses graisseuses se déplacent sur son corps. Et un mois plus tard, Clarisse se confie à un petit groupe d’élèves qu’elle a en option huit heures par semaine. Des filles auxquelles elle enseigne le marketing et dont elle se sent très proche.

« Cette année-là, en avril, bien que je ne me souvienne plus du tout de notre conversation, j’avais commis des erreurs de langage : je m’étais genrée plusieurs fois au féminin avec, apparemment (et aux dires des élèves), une