Ariège, Braconnisme, Permis de Meurtre : Denis, Braconnier assasine un individu d’une balle en pleine tête (Condamnation: Uniquement 1 an de prison avec sursis)

Le 12 novembre 2016, un accident de chasse avait coûté la vie à Cédric Tougne, 38 ans, dans la forêt d’Illartein, dans le Couserans. Hier, le tireur fautif était jugé au tribunal correctionnel.

«Je préférerais être à sa place». Voilà ce qu’a déclaré Denis* lors de son audition devant les gendarmes de la brigade de Castillon, après qu’il a causé la mort de Cédric Tougne pendant une battue aux sangliers, le 12 novembre 2016. Hier, à la barre du tribunal correctionnel de Foix, l’homme est apparu tout aussi affecté, deux ans après les faits. En témoigne le long silence qui a traversé la salle d’audience après que le président du tribunal, Hervé Barrié, lui a donné la parole. «J’y pense tous les jours», a fini par s’exprimer le prévenu, son avocate tout près de lui.

Le tireur a cru voir un sanglier

Le jour du drame, Denis part chasser à 7 heures en forêt d’Illartein, dans le Couserans. Il y rejoint une quinzaine de chasseurs, dont son ami, Cédric Tougne. Plusieurs sangliers sont tués au cours de la battue, qui prend fin en début d’après-midi. Là, les chasseurs ôtent leurs gilets fluorescents pour partager un casse-croûte. Mais plusieurs chiens manquent à l’appel. Un groupe de quatre, parmi lesquels Denis et Cédric, décident de reprendre les fusils et de partir à leur recherche, les traçant grâce à leurs colliers équipés de balises GPS. Ils partent en voiture sur la piste forestière, munis de leur radio. «Puis vous entendez des hurlements de chiens, qui selon vous sont typiques de chiens en train de se faire charger par un sanglier», a relaté Hervé Barrié. Le groupe cherche alors à abattre le gibier. «Vous vous postez en haut de la piste, Cédric se poste plus bas. Ensuite, vous voyez une forme sombre dans les fourrés, et vous tirez». Denis s’approche et constate qu’il a atteint son ami d’une balle dans la tête.

«Vous avez poursuivi une action de chasse après la fin de la battue, ce qui est interdit mais qui, selon vos déclarations, est une pratique courante, a rapporté le président. De plus, aucun des quatre chasseurs ne portait d’équipements fluorescents».

Dans ce procès, les parents de la victime se sont constitués parties civiles, au soutien de l’action publique. «Il y a eu des manquements basiques aux règles de sécurité. C’était un geste non réfléchi, car le tir a été porté vers le haut, dans la tempe», a dit leur avocate, qui a demandé un renvoi sur intérêts civils afin d’évaluer le montant du préjudice subi par les parents, «de toute façon considérable».

La procureure, Sarah Gonzalvez, a fait valoir son empathie envers le prévenu : «Quand les termes “homicide” et “involontaire” sont couplés, c’est forcément un drame, qui plus est quand ceux qui l’ont causé et ceux qui le vivent se connaissent, a-t-elle commencé son réquisitoire. C’est un accident de chasse, comme la semaine dernière (lire notre édition du 14 décembre), qui se présente à nous. C’est pourquoi je réitère les dangers et l’importance du respect des règles de sécurité. C’était une nouvelle battue informelle où, parce qu’on se connaît, qu’on a l’habitude, on a outrepassé ces règles» a-t-elle poursuivi, demandant au tribunal la peine d’un an de prison avec sursis pour le prévenu, ainsi que le retrait de son permis de chasse.

«Mon client s’est condamné tout seul ce jour-là»

Pour débuter la défense, Me Plais-Thomas a rappelé des chiffres de l’ONCFS : 113 accidents de chasse en 2017-2018, dont 13 mortels. «C’est un concours de circonstances inouï qui a conduit au décès de Cédric. Des chiens qui ne rentrent pas, comme à chaque fois, cette décision d’aller les chercher et de tuer le sanglier… Ils ne remettent pas leurs gilets fluorescents. Cédric est habillé en noir et se trouve dans une zone de feuillus denses. Même la veste bleu marine du gendarme n’était pas visible lors de la reconstitution, a indiqué l’avocate. Denis tire sur ce qu’il croit être un sanglier, car tout le monde l’a vu ce sanglier, en train de courser les chiens ! Peu importe votre décision, Mesdames et Messieurs du tribunal, mon client s’est condamné tout seul le 12 novembre 2016. La peine sur laquelle vous statuerez ne sera jamais aussi lourde que celle qu’il s’inflige», a plaidé Me Plais-Thomas.

Le tribunal correctionnel a suivi les réquisitions du ministère public en condamnant Denis à un an de prison avec sursis. Son permis de chasse lui a été retiré pour deux ans, ses armes confisquées. Mais le chasseur malheureux, fort d’une expérience de 30 ans, a raccroché son fusil depuis le jour du drame : «La chasse, c’est fini pour moi».

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