Antisemantisme: Piotr Smolar”Le Judaisme et le Sionisme ne coincident plus”(sic)

Bonnes feuilles. Qu’est-ce qu’un mauvais juif ? L’expression implique une forme de trahison, la trahison d’une promesse que je n’ai jamais entendu formuler clairement à mon attention. Je ne sais pas répondre à cette interrogation. L’évidence avec laquelle le titre de ce livre s’est imposé paraît néanmoins préoccupante. Il traduit sûrement une forme de déni. Mais le déni peut être une forme de lâcheté, pour éviter les ennuis, comme un moyen de résistance contre une modernité désolante. Une clandestinité assumée.

Ces dernières années, l’assignation à résidence identitaire s’impose partout. Les pulsions nationalistes, l’ère néo-tribale navrante ont provoqué l’effacement d’un humanisme apaisé sans être naïf. La financiarisation du monde, la question migratoire, le vertige écologique donnent le sentiment qu’on vit entouré d’incendies. Quand on est angoissé, on cherche des remèdes simples. On désigne des boucs émissaires, et les juifs ont toujours été tristement privilégiés sur ce plan. On est prêt à faire des sacrifices pour sa sécurité physique, culturelle, économique. La démocratie, les contre-pouvoirs, les valeurs libérales, l’idée de métissage et d’ouverture : on perçoit moins leur valeur et le privilège qui nous est offert d’en jouir. C’est ainsi que ces acquis se craquellent lentement. Il n’y a pas d’effondrement mais une érosion, à la fois intime et collective.

Le Monde