Antisemantisme: Me Szpiner« On a volé la justice aux enfants de Sarah Halimi »(sic)

La cour d’appel de Paris (chambre de l’instruction) a conclu à l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré, qui a roué de coups puis défenestré Sarah Halimi en 2017, à son domicile parisien. À la lumière des expertises psychiatriques, les magistrats ont fait application de l’article 122-1 du Code pénal, estimant que l’auteur, pris d’une « bouffée délirante aiguë », était atteint d’un « trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discernement » au moment des faits. Pour Me Francis Szpiner, qui défend la famille de la victime, le débat judiciaire a été « escamoté ». Entretien.

Le Point : Que vous inspire cette décision de déclarer Kobili Traoré pénalement irresponsable ?

 

Me Francis Szpiner : Elle m’a mis en colère. Les magistrats de la chambre de l’instruction auraient pu renvoyer M. Traoré devant la cour d’assises et laisser celle-ci se prononcer sur sa responsabilité pénale, à l’issue d’un débat public fouillé, dans lequel auraient pu être entendus les policiers, les voisins, les personnes séquestrées avant le meurtre de Mme Halimi, d’autres experts, M. Traoré lui-même… Au lieu de quoi, nous avons dû nous contenter d’un débat escamoté, mené sur la base de trois expertises sujettes à caution, présentant des divergences manifestes et, pour l’une d’elles au moins, des erreurs grossières. Je vous dis mon sentiment : la justice a été volée à mes clients.

On crée une « jurisprudence Sarah Halimi »

Dans quel état d’esprit se trouvent-ils ?

Que voulez-vous que je vous dise ? Ils sont écœurés.

Les cas où « l’abolition du discernement » (l’ancien « état de démence ») est reconnue à raison de l’autoadministration d’un produit stupéfiant sont rares, en jurisprudence. La plupart du temps, le juge refuse de voir dans l’intoxication et ses effets une cause d’irresponsabilité ou d’atténuation de la responsabilité. Comment expliquez-vous ce revirement ?

Je ne me l’explique pas. On crée une « jurisprudence Sarah Halimi » qui, demain, permettra éventuellement à un individu qui aura pris le risque conscient de consommer un produit dangereux d’échapper à sa responsabilité. Dans l’affaire qui nous préoccupe, M. Traoré a été examiné par trois collèges de psychiatres différents. Le Dr Daniel Zagury, qui est sans doute l’un de nos meilleurs experts, dit la chose suivante : « Au moment de l’acte, M. Traoré était saisi d’une bouffée délirante aiguë de nature à lui faire perdre conscience de ce qu’il faisait ». À la lecture de ce diagnostic, on aurait pu penser qu’il allait conclure à l’irresponsabilité pénale du sujet. Mais le Dr Zagury précise que cette bouffée délirante s’inscrit dans « une origine exotoxique ». En clair : une absorption volontaire et massive de drogue. Ainsi, le Dr Zagury conclut qu’« en dépit de la réalité indiscutable du trouble aliénant, l’abolition ne peut être retenue du fait de la prise consciente, volontaire et régulière de cannabis en très forte quantité ».

 

Le Point.fr